Mais, car il fallait voler quelquefois, nous connaissions aussi les beautés claires, terrestres, de l'audace. Avant qu'on ne s'endormît, le chef, le cavalier nous conseillait. Avec de faux papiers, par exemple, nous allions à différents consulats afin d'être rapatriés. Le consul, attendri ou agacé par nos plaintes et notre misère, notre crasse, nous donnait un billet de chemin de fer pour un poste frontière. Notre chef le revendait à la gare de Barcelone. Il nous indiquait aussi les vols à commettre dans les églises – ce que n'osaient les Espagnols – ou dans les villas élégantes, enfin c'est lui-même qui nous amenait les matelots anglais ou hollandais à qui nous devions nous prostituer pour quelques pesetas.
Ainsi parfois nous volions et chaque cambriolage nous faisait un instant respirer à la surface. Une veille d'armes précède chaque expédition nocturne. La nervosité que provoquent la peur, l'angoisse quelquefois, facilite un état voisin des dispositions religieuses. Alors j'ai tendance à interpréter le moindre accident. Les choses deviennent signe de chance. Je veux charmer les puissances inconnues de qui me semble dépendre la réussite de l'aventure. Or je cherche à les charmer par des actes moraux, par la charité d'abord : je donne mieux et plus aux mendiants, je cède aux vieillards ma place, je m'efface devant eux, j'aide les aveugles à traverser les rues, etc. Ainsi ai-je l'air de reconnaître au vol présider un dieu à qui sont agréables les actions morales. Ces tentatives pour lancer un filet hasardeux où se laissera capturer le dieu dont je ne sais rien m'épuisent, m'énervent, favorisent encore cet état religieux. A l'acte de voler elles communiquent la gravité d'un acte rituel. Il s'accomplira vraiment au cœur des ténèbres auxquelles s'ajoute qu'il le soit plutôt la nuit, durant le sommeil des gens, dans un endroit clos, et soi-même peut-être masqué de noir. La marche sur la pointe des pieds, le silence, l'invisibilité dont nous avons besoin même en plein jour, les mains à tâtons organisant dans l'ombre des gestes d'une complication, d'une précaution insolite – tourner la simple poignée d'une porte nécessite une multitude de mouvements dont chacun a l'éclat d'une facette de bijou – (découvrant de l'or il me semble l'avoir déterré : j'ai fouillé des continents, des îles océaniennes ; les nègres m'entourent, de leurs piques empoisonnées ils menacent mon corps sans défense, mais, la vertu de l'or agissant, une grande vigueur me terrasse ou m'exalte, les piques s'abaissent, les nègres me reconnaissent et je suis de la tribu) – la prudence, la voix chuchotée, l'oreille dressée, la présence invisible et nerveuse du complice et la compréhension du moindre signe de lui, tout nous ramasse en nous-mêmes, nous tasse, fait de nous une boule de présence que décrit si bien le mot de Guy : – « On se sent vivre. »
Jean Genet, Journal du voleur, 1949.
« Comment j’ai écrit La Nuit spirituelle
Un jour j’ai trouvé Jean Genet assis dans mon fauteuil. L’ayant reconnu dans la rue et désirant me faire plaisir, Alexandre l’avait, avec sa science gitane, conduit jusqu’à ma porte. Le poète s’installa bientôt dans le studio du dessous. Le soir même j’entrai dans sa chambre pour discuter avec lui, exprimant joyeusement mes désaccords à celui dont je vénérais l’écriture. Le lendemain Genet signifia mon bannissement : « Je ne veux plus la voir, elle me contredit tout le temps. D’ailleurs Lydie est une femme et je déteste les femmes. » Cette parole qui me rejetait dans la nuit de mon sexe me désespéra. Trouvant mon salut dans l’orgueil, je décidai d’écrire un poème si beau qu’il l’obligerait à revenir vers moi. Pendant des semaines je cherchais le point d’attaque de mon verbe. Surmontant mon désespoir j’écrivis La Nuit spirituelle pour le blesser aussi radicalement qu’il l’avait fait, lui rendant mort pour mort. Quand j’eus mis le point final, face à sa haine des femmes luisait le bloc de nuit de mon poème, lequel en lui donnant raison lui donnait tort. Le jour suivant on cogna à la porte : c’était Genet. »
Lydie Dattas, La Nuit spirituelle, 1996.
« Au nom du groupe communiste, le député demande quelle suite le gouvernement entend donner aux propositions du président Hô Chi Minh en vue d'échanger des prisonniers. Son discours dure quelques minutes, les députés commencent à bâiller, il fait si chaud en ce mois d'octobre ! On tire un peu sur son nœud de cravate, on ôte un cran à sa ceinture. Enfin, un quart d'heure plus tard, un autre député Frédéric-Dupont prend la parole et aussitôt l'hémicycle s'anime. C'est que Frédéric-Dupont, lui, n'est pas un parlementaire comme les autres, mais un député proverbial, aux opinions retentissantes, une figure du Palais-Bourbon. Pour lui rendre justice, il faut dire qu'une partie non négligeable de sa réputation venait de l'attention émue qu'il portait aux gardiens d'immeubles ; on prétend qu'il déposa des dizaines de propositions visant à l'amélioration de leurs tristes conditions d'existence, raison pour laquelle, on le surnomma Dupont des Loges.
On note avec émotion tant de fidélité pour une corporation injustement méprisée, pour ces témoins passifs et besogneux de nos vies, triant notre courrier, refoulant les importuns et sortant nos poubelles. Mais afin de mieux comprendre l'intérêt que notre député leur porta, il convient de remonter jusqu'aux critères qui avaient prévalu à leur recrutement. Pour cela, il faut se pencher un instant sur la vie de Jean Chiappe, célèbre préfet de Paris, l'un des pères fondateurs de la police moderne. Lecteur de Gringoire et de l'Action française, il admirait par-dessus tout Charles Maurras, vous savez, le polémiste. Le soir, dos calé contre la bouillotte, il feuilletait anxieux, constipé, les brochures ou les mazarinades du maître, espérant que surgirait, demain, le régime énergique qui rédimerait la France. Lorsqu'il était de bonne humeur, après un heureux coup de filet, la répression réussie d'une grève, il soupirait, sous la lampe de chevet, à la trame d'imaginaires amours qu'évoquait Maurras dans ses rêveries provençales. Mais la plus vive passion de Jean Chiappe était son métier. Zélé, il incorpora au corps des gardiens de la paix le plus nervis possible, truands sans scrupules, factieux, afin d'avoir une police aguerrie, complaisante et bornée. Pour améliorer le quotidien de ses troupes de choc, il facilita l'emploi de leurs épouses comme concierges, cela mettrait du beurre dans les épinards. Et puis, on n'est jamais assez informé, jamais assez sûr des locataires débraillés, des petits propriétaires instables ; il est donc judicieux de placer dans les loges de Paris des personnes de confiance. On comprend mieux maintenant pourquoi Frédéric-Dupont, qui donnait dans les opinions de Chiappe, soutiendra inlassablement les concierges. Il entretenait ainsi un véritable corps d'agents électoraux, missionnaires, rabatteurs, propagandistes de comptoir, mais, surtout, il secourait une clientèle diligente, efficace, les épouses des gardiens de la paix, une armada d'indicateurs. »
Éric Vuillard, Une sortie honorable, 2022.
« Je ne sais où se sont brisés les fils qui me rattachent à mon enfance. Comme tout le monde, ou presque, j’ai eu un père et une mère, un pot, un lit-cage, un hochet, et plus tard une bicyclette que, paraît-il, je n’enfourchais jamais sans pousser des hurlements de terreur à la seule idée qu’on allait vouloir relever ou même enlever les deux petites roues adjacentes qui m’assuraient ma stabilité. Comme tout le monde, j’ai tout oublié de mes premières années d’existence.
Mon enfance fait partie de ces choses dont je sais que je ne sais pas grand-chose. Elle est derrière moi, pourtant, elle est le sol sur lequel j’ai grandi, elle m’a appartenu, quelle que soit ma ténacité à affirmer qu’elle ne m’appartient plus. J’ai longtemps cherché à détourner ou à masquer ces évidences, m’enfermant dans le statut inoffensif de l’orphelin, de l’inengendré, du fils de personne. Mais l’enfance n’est ni nostalgie, ni terreur, ni paradis perdu, ni Toison d’or, mais peut-être horizon, point de départ, coordonnées à partir desquelles les axes de ma vie pourront trouver leur sens. Même si je n’ai pour étayer mes souvenirs improbables que le secours de photos jaunies, de témoignages rares et de documents dérisoires, je n’ai pas d’autre choix que d’évoquer ce que trop longtemps j’ai nommé l’irrévocable ; ce qui fut, ce qui s’arrêta, ce qui fut clôturé : ce qui fut, sans doute, pour aujourd’hui ne plus être, mais ce qui fut aussi pour que je sois encore. »
Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance, 1975.
« L’arbre géant frémissait sous les coups de hache. À côté du colosse végétal, les hommes à la peau sombre, luisante de sueur, ressemblaient à des miniatures mouvantes. L’acier avait creusé tout autour du tronc une blessure qui était comme une gueule prête à mordre, et de cette gueule la sève généreuse coulait comme une salive. Mais le monstre enraciné refusait la mort. Jusqu’au moment où son cœur généreux fut enfin atteint. Il oscilla lentement, pencha d’avant en arrière sa belle chevelure verte, puis, dans un craquement sinistre comme un râle, s’allongea sur le sol dans l’attente de la mort sèche.
La grande forêt prit le deuil. Les bruits les plus fantastiques se mirent à courir : on avait tué l’Arbre-Dieu. Mille sons discordants, exprimant la haine envers ceux qui avaient abattu le fier seigneur à l’armure d’écorce, troublèrent le majestueux silence. Les bûcherons comprirent ce langage des oiseaux utilisé par leurs frères Indiens vivant dans la forêt, et ce fut la débandade. Poussés par la crainte d’être punis sur-le-champ, ils n’avaient eu tout d’abord qu’une idée : fuir ! Mais, plus tard, dans le calme de leurs cases et sous l’influence de la superstition, la pensée qu’ils avaient réellement commis ce sacrilège s’imposa peu à peu à leur esprit. Dès lors, personne jamais ne voulut plus travailler en forêt. La Société fit faillite et l’on ferma la scierie.
Les années s’endormirent doucement sur le crime. »
Michel Bernanos, Le Murmure des Dieux, 1964.
« Devenu célèbre, il a fréquenté de préférence des milieux d’aristocrates ou de grands bourgeois fortunés, dont il a été l’hôte une bonne partie de sa vie. Il n’en faut pas davantage, aujourd’hui, pour le rendre suspect à certains critiques ou lecteurs. Il est vrai que les prétentions nobiliaires de Rilke, les aspects mondains de sa vie sont quelquefois irritants ; mais ni plus ni moins que chez Proust ; et les raisons en sont profondes. Peu d’hommes auront eu plus que lui le sentiment de n’être qu’un feu follet, un sans-patrie (ce qu’il était en effet, comme Autrichien né à Prague, comme poète de langue allemande ayant vécu presque toujours hors d’Allemagne, mort en Suisse, et plus fondamentalement comme esprit moderne) ; et parmi les remèdes qu’il lui fallut chercher, sous peine de succomber, à ce déracinement, il y eut d’abord le rêve, amoureusement cultivé, d’appartenir à l’une de ces vieilles familles qui ont incarné dans l’histoire la continuité, la durée, la lente croissance dans un même lieu, comme autour d’un centre, à la manière des arbres : autant de traits qui définiront bientôt, chez Rilke, l’art poétique, et l’art de vivre. Être lié à de telles traditions, s’y tenir, se reconnaître en elles dans les détours presque anonymes de la vie : est-il rien de plus fiable, de plus noble, de plus pur, de plus fervent ? La lecture du Livre de raison m’a fait mesurer une fois de plus à quel point me manque ce lien avec un domaine familial où l’on sente l’action et l’inclination des ancêtres, accueillies et en quelque sorte reconnues par la nature, grandir et durer, et au sein duquel leur tombe même ne signifie pas autre chose qu’un approfondissement d’appropriation et de filiation, un dernier oui à ce calme et familier royaume de la terre… Tel est le niveau où se situe ce que certains ont appelé un peu vite le « snobisme » de Rilke. Que les tombes mêmes semblent dire oui à la terre, que la mort s’intègre dans une totalité qui échappe au regard distrait, c’est ce qu’il n’a cessé d’espérer, ce à quoi son œuvre devait conduire ; la tradition, aristocratique ou bourgeoise, lui semblait un des aspects de cet ordre profond. Et comment ne pas reconnaître la qualité spirituelle de la plupart des êtres auxquels Rilke s’est attaché dans ces milieux, comme l’importance de l’aide qu’il y a trouvée pour mener son œuvre à terme ? »
Philippe Jaccottet, Rilke, 1970.
Abstraction faite de l'image qu'elle suscite, on ne saurait nier qu'elle a su imposer sa temporalité diluée, avec laquelle on vit. La nourriture industrielle rassure. Ces bonbons que vous tenez dans la main donnent l'impression d'être presque « immortels ». Par sa stabilité même, elle vous assure du fait qu'elle ne rend pas malade – additifs mis à part, on a toujours redouté les intoxications alimentaires causées par la nourriture avariée, moisie, effet du travail du temps linéaire. La nourriture industrielle réconforte notre vie fragile, environnée de saisons instables, parce qu'elle nous promet que rien ne change, même si le temps avance sans merci. La nourriture industrielle ne connaît pas le nagori, ni la nostalgie non plus. Elle nous offre une possibilité de refuge, un terrier confortable qui serait toujours identique à lui-même. »
Sekiguchi Ryoko, Nagori, la nostalgie de la saison qui s'en va, 2018.
« La salaison et le confit tiennent de l'art d'arrêter le temps : ils prêtent à la matière organique l'immobilité temporelle, permettent à un corps périssable d'exister plus longtemps. La fermentation, quant à elle, est une technique qui permet à la fois de ralentir le temps, et de donner à l'avancement du temps une qualité différente. Il ne s'agit plus de dégénérescence : les produits en fermentation peuvent se bonifier avec le temps. Ils gagnent en profondeur, en rondeur et en complexité. C'est en quelque sorte un travail d'alchimiste : au Moyen Âge, c'est en termes d'alchimie que se reflétait l'espoir d'atteindre à l'immortalité. En un sens, on pourrait dire que les méthodes de conservation rejoignent la quête de l'immortalité ; les techniques de momification sont assez semblables à la fabrication des tomates séchées. La comparaison peut apparaître un peu osée, mais notre corps est fait lui aussi de matière organique. Les hommes en quête de vie éternelle qui momifient les corps et ceux qui fabriquent des tomates séchées sont mus par un même désir. Fermentations, produits séchés et salaisons ne connaissent pas de saisons. Il y a certes une saison propice pour préparer le produit de départ, selon le moment de la récolte, ou la saison optimale pour activer les bactéries nécessaires à sa transformation. Il y a, éventuellement, un moment idéal pour le déguster, comme c'est le cas pour certains fromages. Mais il arrive aussi qu'ils survivent au temps. Les prunes salées japonaises, umeboshi, se conservent des années, voire des dizaines d'années, tout comme les légumes marinés au marc de saké, qui se consomment des années plus tard. Mettez des fruits dans de l'alcool distillé, vous en boirez bien des années après. Les produits de longue conservation devaient surtout rassurer les anciens. Posséder des produits en conserve, c'était la garantie symbolique que la vie pouvait perdurer, et avant tout, la garantie d'avoir de la nourriture à disposition, donc la source de vie. Qu'on songe aux produits qui se gardent longtemps sans traitement particulier comme les céréales, les légumineuses et les graines : il n'est pas surprenant qu'ils soient devenus synonymes de fortune. Avant que le réfrigérateur ne se répande dans les foyers, on conservait les aliments par les moyens qui viennent d'être mentionnés. Par la force des choses, la table était peut-être mieux fournie qu'on ne pense en produits « venus d'une autre saison ». Pour bien comprendre ce jeu des temporalités, il convient aussi de prendre en compte les méthodes de conservation modernes : boîtes de conserve et congélation. Le souvenir des légumes servis à la cantine interdit de faire l'éloge de la boîte de conserve, mais en matière de temporalité, c'est tout de même une invention extraordinaire : plus besoin d'altérer le taux d'humidité contenue dans le produit, plus besoin de le « momifier » ou de le noyer dans le sel ou le miel ; le corps peut survivre le temps que dure le métal qui l'enferme hermétiquement, voire évoluer en goût par la maturation, comme les sardines en boîtes millésimées. Elles ne sont plus vivantes, comme dans la fermentation, mais elles s'installent dans un autre écoulement du temps et de la vie. En matière d'alimentation, une autre temporalité encore s'est instaurée depuis : la nourriture industrielle.
« Les passions aveugles des princes les portent à étendre les bornes de leurs États ; peu occupés du bien de leurs sujets, ils ne cherchent qu'à grossir le nombre des hommes qu'ils rendent malheureux. Ces passions, allumées ou entretenues par des ministres ambitieux ou par des guerriers dont la profession est incompatible avec le repos, ont eu, dans tous les âges, les effets les plus funestes pour l'humanité. L'histoire ne nous fournit que des exemples de paix violées, de guerres injustes et cruelles, de champs dévastés, de villes réduites en cendres. L'épuisement seul semble forcer les princes à la paix ; ils s'aperçoivent toujours trop tard que le sang du citoyen s'est mêlé à celui de l'ennemi ; ce carnage inutile n'a servi qu'à cimenter l'édifice chimérique de la gloire du conquérant et de ses guerriers turbulents ; le bonheur de ses peuples est la première victime qui est immolée à son caprice ou aux vues intéressées de ses courtisans.
Dans ces empires, établis autrefois par la force des armes, ou par un reste de barbarie, la guerre seule mène aux honneurs, à la considération, à la gloire; des princes ou des ministres pacifiques sont sans cesse exposés aux censures, au ridicule, à la haine d'un tas d'hommes de sang, que leur état intéresse au désordre. Probus, guerrier doux et humain, est massacré par ses soldats pour avoir décelé ses dispositions pacifiques. Dans un gouvernement militaire le repos est pour trop de gens un état violent et incommode; il faut dans le souverain une fermeté inaltérable, un amour invincible de l'ordre et du bien public, pour résister aux clameurs des guerriers qui l'environnent. Leur voix tumultueuse étouffe sans cesse le cri de la nation, dont le seul intérêt se trouve dans la tranquillité. Les partisans de la guerre ne manquent point de prétextes pour exciter le désordre et pour faire écouter leurs vœux intéressés : « c'est par la guerre, disent-ils, que les états s'affermissent; une nation s'amollit, se dégrade dans la paix; sa gloire l'engage à prendre part aux querelles des nations voisines, le parti du repos n'est celui que des faibles ». Les souverains trompés par ces raisons spécieuses, sont forcés d'y céder; ils sacrifient à des craintes, à des vues chimériques la tranquillité, le sang et les trésors de leurs sujets. Quoique l'ambition, l'avarice, la jalousie et la mauvaise foi des peuples voisins ne fournissent que trop de raisons légitimes pour recourir aux armes, la guerre serait beaucoup moins fréquente, si on n'attendait que des motifs réels ou une nécessité absolue de la faire; les princes qui aiment leurs peuples, savent que la guerre la plus nécessaire est toujours funeste, et que jamais elle n'est utile qu'autant qu'elle assure la paix. On disait au grand Gustave, que par ses glorieux succès il paraissait que la Providence l'avait fait naître pour le salut des hommes; que son courage était un don de la Toute-Puissance, et un effet visible de sa bonté. Dites plutôt de sa colère, répartit le conquérant; si la guerre que je fais est un remède, il est plus insupportable que vos maux. »
Étienne-Noël Damilaville, Encyclopédie, 1751.
Cyrus Smith, originaire du Massachussets, était un ingénieur, un savant de premier ordre, auquel le gouvernement de l’Union avait confié, pendant la guerre, la direction des chemins de fer, dont le rôle stratégique fut si considérable. Véritable Américain du nord, maigre, osseux, efflanqué, âgé de quarante-cinq ans environ, il grisonnait déjà par ses cheveux ras et par sa barbe, dont il ne conservait qu’une épaisse moustache. Il avait une de ces belles têtes « numismatiques », qui semblent faites pour être frappées en médailles, les yeux ardents, la bouche sérieuse, la physionomie d’un savant de l’école militante. C’était un de ces ingénieurs qui ont voulu commencer par manier le marteau et le pic, comme ces généraux qui ont voulu débuter simples soldats. Aussi, en même temps que l’ingéniosité de l’esprit, possédait-il la suprême habileté de main. Ses muscles présentaient de remarquables symptômes de tonicité. Véritablement homme d’action en même temps qu’homme de pensée, il agissait sans effort, sous l’influence d’une large expansion vitale, ayant cette persistance vivace qui défie toute mauvaise chance. Très-instruit, très-pratique, « très-débrouillard », pour employer un mot de la langue militaire française, c’était un tempérament superbe, car, tout en restant maître de lui, quelles que fussent les circonstances, il remplissait au plus haut degré ces trois conditions dont l’ensemble détermine l’énergie humaine : activité d’esprit et de corps, impétuosité des désirs, puissance de la volonté. Et sa devise aurait pu être celle de Guillaume d’Orange au xviie siècle : « Je n’ai pas besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »
Jules Verne, L'Île mystérieuse, 1875.
Quand le livre où s'endort chaque soir ma pensée,
Quand l'air de la maison, les soucis du foyer,
Quand le bourdonnement de la ville insensée
Où toujours on entend quelque chose crier,
Quand tous ces mille soins de misère ou de fête
Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné,
Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête
Le regard de mon âme à la terre tourné ;
Elle s'échappe enfin, va, marche, et dans la plaine
Prend le même sentier qu'elle prendra demain,
Qui l'égare au hasard et toujours la ramène,
Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.
Elle court aux forêts où dans l'ombre indécise
Flottent tant de rayons, de murmures, de voix,
Trouve la rêverie au premier arbre assise,
Et toutes deux s'en vont ensemble dans les bois !
Victor Hugo
Bien entendu, il n'épargnerait pas les efforts pour que son œuvre puisse séduire par ses attraits artistiques, mais il aurait surtout en vue sa propre personne et non pas une autre : il est temps que vous cessiez de vous prendre pour des créatures supérieures susceptibles d'instruire, éclairer, guider, élever ou améliorer qui que ce soit. Qui vous rend certains de cette supériorité ? Où est-il écrit que vous apparteniez déjà aux hautes sphères ? Qui vous a constitués en aristocratie ? Qui vous a donné des lettres de créance auprès de la Maturité ?
L'écrivain auquel je pense ne se mettra pas à écrire, lui, parce qu'il se considère comme mûri, mais au contraire parce qu'il connaît son immaturité, sachant bien qu'il n'a pas triomphé de la forme et qu'il est celui qui monte mais n'est pas arrivé au sommet, celui qui veut se réaliser mais n'a pas encore atteint la réalisation. Et s'il lui arrive d'écrire une œuvre déraisonnable et imparfaite, il dira :
— Excellent ! J'ai écrit des sottises, mais je n'avais signé aucun engagement de produire uniquement des ouvrages sages et parfaits. J'ai pu exprimer ma sottise et je m'en réjouis parce que la critique et l'aversion que j'ai suscitées agissent sur moi, me façonnent, me recréent en quelque sorte, et me voici naissant à nouveau.
Comme on le voit, le créateur à la saine philosophie est si bien affermi en lui-même que la sottise et l'immaturité ne sauraient l'effrayer ni lui nuire : il peut s'exprimer le front haut et manifester sa désinvolture, tandis que vous, vous n'êtes déjà presque plus capables de vous extérioriser parce que la peur vous étouffe. »
Wiltold Gombrowicz, Ferdydurke, 1937.
« Il est certain que l'art repose sur le perfectionnement de la forme. Mais vous – c'est ici votre seconde erreur cardinale – vous croyez qu'il consiste à créer des œuvres parfaites sur le plan formel ; ce processus universel et infini de la création de la forme, vous le réduisez à la production de poèmes ou de symphonies ; et vous n'avez même pas été capables de jamais sentir et expliquer à autrui le rôle énorme que la forme joue dans notre vie. Même en psychologie vous n'avez pas pu lui assigner là place qui lui revenait. Vous continuez à imaginer que notre conduite est régie par des sentiments, des instincts, des idées, et vous tendez à considérer la forme comme un ajout superficiel et un simple ornement. Quand une veuve qui suit la dépouille de son mari éclate en sanglots, vous pensez qu'elle sanglote parce qu'elle a subi une perte cruelle. Quand un vague ingénieur, avocat ou médecin assassine sa femme, ses enfants ou son ami, vous estimez qu'il s'est laissé emporter par ses instincts sanguinaires. Et quand un homme politique parle sottement, vous concluez qu'il est sot puisqu'il profère les pires sottises. Mais dans la Réalité voici ce qu'il en est : l'être humain ne s'exprime pas d'une façon directe et conforme à sa nature, il passe toujours à travers une forme définie. Cette forme, ce style, cette manière d'être ne viennent pas seulement de lui-même, mais lui sont aussi imposés de l'extérieur – et voilà pourquoi le même individu peut s'extérioriser sagement ou au contraire sottement, sanguinairement ou angéliquement, avec ou sans maturité, en fonction du style qui lui échoit et de sa dépendance à l'égard d'autrui. Si les vers et les insectes sont toute la journée à la poursuite de nourriture, nous passons notre temps, nous, à la poursuite de la forme, nous nous battons avec d'autres hommes pour un style et un genre de vie ; que nous allions en tram, conduisions notre voiture, nous amusions, nous reposions ou fassions des affaires, toujours et en toute circonstance nous cherchons la forme, nous jouissons ou souffrons par elle, nous nous plions à elle ou nous la violons et la brisons, ou nous la laissons nous recréer, amen.
Ô puissance de la Forme ! Par elle meurent les nations. Elle provoque des guerres. Elle fait surgir en nous quelque chose qui ne vient pas de nous. Si vous l'ignorez, vous ne pourrez jamais expliquer la sottise, le mal, le meurtre. C'est elle qui commande nos plus infimes réactions. C'est elle qui se trouve à la base de la vie collective. Mais pour vous Forme et Style restent des concepts purement esthétiques, pour vous le style n'existe que sur le papier, c'est celui de vos récits. Messieurs, qui donnera une tape sur le cucul que vous osez présenter aux gens quand vous vous agenouillez devant l'autel de l'art ? Pour vous, la forme n'est pas quelque chose de vivant et d'humain, de pratique, si je puis dire, de quotidien, mais une sorte d'attribut fastueux. En vous penchant sur votre feuille de papier, vous oubliez votre propre personne et au lieu de chercher à perfectionner votre style personnel et vivant, vous vous livrez dans le vide à des stylisations abstraites. Au lieu de vous servir de l'art, vous le servez et, doux comme des moutons, vous le laissez entraver votre évolution et vous enfoncer dans un enfer indolent.
Voyez maintenant combien serait différente l'attitude d'un homme qui, plutôt que de se gaver de toutes les phraséologies intellectuelles, embrasserait l'univers d'un regard neuf en discernant l'importance capitale de la forme dans notre vie. S'il prenait la plume, ce ne serait plus pour devenir un Artiste, mais par exemple pour mieux exprimer sa personnalité et la faire comprendre à autrui ; ou bien pour mieux mettre en ordre sa vie intérieure et aussi, peut-être, pour approfondir, affiner ses rapports avec les autres gens, compte tenu de l'influence énorme exercée par les autres esprits sur le nôtre ; ou bien pour tenter de se créer le monde qu'il désire et qui lui est indispensable.
Adieu aux Dames de la Cour
Adieu la cour, adieu les dames,
Adieu les filles et les femmes,
Adieu vous dis pour quelques temps,
Adieu vos plaisants passetemps ;
Adieu le bal, adieu la danse,
Adieu mesure, adieu cadence,
Tambourin, haubois et violons,
Puisqu'à la guerre nous allons.
Adieu les regards gracieux,
Messagers des coeurs soucieux ;
Adieu les profondes pensées,
Satisfaites ou offensées ;
Adieu les harmonieux sons
De rondeaux, dizains et chansons ;
Adieu piteux département,
Adieu regrets, adieu tourment,
Adieu la lettre, adieu le page,
Adieu la cour et l'équipage,
Adieu l'amitié si loyale,
Qu'on la pourrait dire royale,
Etant gardée en ferme foi
Par ferme coeur digne de roi.
Adieu ma mie la dernière,
En vertus et beauté première ;
Je vous prie me rendre à présent
Le coeur dont je vous fis présent,
Pour, en la guerre où il faut être,
En faire service à mon maître.
Or quand de vous se souviendra,
L'aiguillon d'honneur l'époindra
Aux armes et vertueux faits :
Et s'il en sortait quelque effet
Digne d'une louange entière,
Vous en seriez seule héritière.
De votre coeur donc se souvienne,
Car si dieu veut que je revienne,
Je le rendrai en ce beau lieu.
Or je fais fin à mon adieu.
Clément Marot
« Mon plaisir est encore d’accompagner le ruisseau, de marcher le long des berges, dans le bon sens, dans le sens de l’eau qui coule, de l’eau qui mène la vie ailleurs, au village voisin. Mon « ailleurs » ne va pas plus loin. J’avais presque trente ans quand j’ai vu l’Océan pour la première fois. Aussi, dans ce livre, je parlerai mal de la mer, j’en parlerai indirectement en écoutant ce qu’en disent les livres des poètes, j’en parlerai en restant sous l’influence des poncifs scolaires relatifs à l’infini. En ce qui touche ma rêverie, ce n’est pas l’infini que je trouve dans les eaux, c’est la profondeur. D’ailleurs, Baudelaire ne dit-il pas que six à sept lieues représentent pour l’homme rêvant devant la mer le rayon de l’infini ? Le Vallage a dix-huit lieues de long et douze de large. C’est donc un monde. Je ne le connais pas tout entier : je n’ai pas suivi toutes ses rivières.
Mais le pays natal est moins une étendue qu’une matière ; c’est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C’est en lui que nous matérialisons nos rêveries ; c’est par lui que notre rêve prend sa juste substance ; c’est à lui que nous demandons notre couleur fondamentale. En rêvant près de la rivière, j’ai voué mon imagination à l’eau, à l’eau verte et claire, à l’eau qui verdit les prés. Je ne puis m’asseoir près d’un ruisseau sans tomber dans une rêverie profonde, sans revoir mon bonheur... Il n’est pas nécessaire que ce soit le ruisseau de chez nous, l’eau de chez nous. L’eau anonyme sait tous mes secrets. Le même souvenir sort de toutes les fontaines. »
Gaston Bachelard, L’Eau et les Rêves : Essai sur l'imagination de la matière, 1942.
« J’ai toujours eu besoin d’être seul, il me faut de grandes plages de solitude et quand je ne peux pas en disposer, comme c’est le cas depuis cinq ans, ma frustration peut se transformer en panique ou en agressivité. Et quand ce qui me motive depuis que je suis adulte, à savoir l’ambition d’écrire un jour une œuvre unique, est menacé, je ne pense qu’à une seule chose, et cette pensée me ronge de l’intérieur comme un rat : il faut que je me sauve, le temps passe, s’échappe comme le sable s’écoule entre mes doigts pendant que moi, qu’est-ce que je fais ? Je lave le sol, lave le linge, prépare le dîner, fais la vaisselle, fais les courses, joue avec les enfants au parc, les déshabille, les baigne, m’occupe d’eux jusqu’à ce qu’ils aillent au lit, les couche, étends le linge, le plie, le range dans l’armoire, range, lave tables, chaises et placards. C’est un véritable combat qui, sans être héroïque, est absolument inégal car, j’ai beau faire tous les travaux domestiques possibles, l’appartement n’en déborde pas moins de saleté et de désordre et nos enfants, dont on s’occupe sans cesse, sont les plus indociles que j’aie jamais vus. Par périodes, c’est une maison de fous ici. Peut-être est-ce parce que nous n’avons jamais su trouver le bon équilibre entre proximité et distance, équilibre d’autant plus important quand les tempéraments sont marqués. Et chez nous, on peut dire qu’ils le sont. Lorsque Vanja avait huit mois environ, elle a commencé à avoir des trop-pleins d’émotions et parfois même des crises qui la coupaient de son environnement pour un temps, elle ne faisait que crier sans pouvoir s’arrêter. La seule chose à faire, c’était de la prendre dans nos bras jusqu’à ce que ça passe. Il est difficile de dire à quoi c’était dû mais cela survenait souvent quand elle avait vécu des choses inhabituelles, comme quand nous allions à la campagne rendre visite à sa grand-mère, quand elle était restée longtemps avec d’autres enfants ou quand nous avions passé la journée en ville. Hors d’elle et inconsolable, elle hurlait de toutes ses forces. Sensibilité et entêtement ne font pas bon ménage. La situation ne s’arrangea guère à la naissance d’Heidi. J’aimerais pouvoir dire que je réagis alors de façon raisonnable et mesurée mais ce ne fut malheureusement pas le cas car ces événements déclenchèrent en moi aussi de fortes émotions et de la colère qui allaient en s’amplifiant, et s’exprimaient même en public : quand Vanja se vautrait par terre dans un centre commercial de Stockholm, il pouvait m’arriver, hors de moi, de l’attraper sans ménagement et, en pleine rue, de la jeter sur mon épaule comme un sac de pommes de terre, pendant qu’elle me martelait de coups de pied et de coups de poing et qu’elle hurlait comme une possédée. Il m’arrivait aussi de répondre à ses hurlements en criant encore plus fort qu’elle, en la jetant dans son lit et en la maintenant fermement jusqu’à ce que ça passe. Elle ne mit pas longtemps à savoir exactement ce qui me rendait fou : une façon particulière de crier, non pas de pleurer ni de sangloter, ni même de hurler, mais de pousser un cri arbitraire, déterminé et agressif qui pouvait me faire perdre tout contrôle, allant jusqu’à lui crier dessus à mon tour ou secouer la pauvre petite jusqu’à ce que ses cris se transforment en pleurs, que son corps se décontracte et qu’elle se laisse enfin consoler. »
Karl Ove Knausgaard, Mon combat, Livre premier, 2012. Traduit du norvégien par Marie-Pierre Fiquet.
« Il ne peut pas y avoir de société qui ne soit pas quelque chose pour elle-même ; qui ne se représente pas comme étant quelque chose – ce qui est conséquence, partie et dimension de ce qu’elle doit se poser comme « quelque chose ».
Ce « quelque chose » n’est ni simple « attribut » ordinaire, ni « assimilation » à un objet quelconque, naturel ou autre. La société se pose comme étant quelque chose, un soi singulier et unique, nommé (repérable) mais par ailleurs « indéfinissable » (au sens physique ou logique) ; elle se pose, en fait, comme une substance surnaturelle, mais suffisamment repérée, détaillée, re-présentée par des « attributs » qui sont le monnayage des significations imaginaires qui tiennent la société – et cette société – ensemble. « Pour elle-même », la société n’est jamais une collection d’individus périssables et substituables vivant sur tel territoire, parlant telle langue, pratiquant « extérieurement » telles coutumes. Au contraire, ces individus « appartiennent » à cette société parce qu’ils participent à ses significations imaginaires sociales, à ses « normes », « valeurs », « mythes », « représentations », « projets », « traditions », etc., et parce qu’ils partagent (qu’ils le sachent ou non) la volonté d’être de cette société et de la faire être continuellement. Tout cela fait évidemment partie de l’institution de la société en général – et de la société dont, chaque fois, il s’agit. Les individus en sont les seuls porteurs « réels » ou « concrets », tels qu’ils ont été précisément façonnés, fabriqués par les institutions – c’est-à-dire par d’autres individus, eux-mêmes porteurs de ces institutions et des significations corrélatives. »
Cornelius Castoriadis, La Montée de l'insignifiance : Les carrefours du labyrinthe IV, 1996
« Il faut que je vous confie un grand projet, Madame. Parmi tant de faits mémorables qu’on a cherché à éclaircir et à mettre en ordre, on n’a point encore songé à faire l’histoire des chats ; n’en êtes-vous pas bien étonnée ? Homère n’avait pas trouvé indigne de sa muse de décrire la guerre des rats et des grenouilles. Un des chapitres de Lucien, traité avec le plus d’agrément, est à la louange de la mouche, et les ânes ont eu la satisfaction de voir faire leur élogeb. Comment les chats ont-ils été négligés ? Je n’en serais pas surpris s’il fallait, pour composer un ouvrage à leur gloire, avoir recours à l’imagination ; mais dès qu’on porte ses regards sur les chats des siècles passés, quelle foule d’événements plus intéressants les uns que les autres ne découvre-t-on pas ? Avant que d’en exposer le tableau, on paraîtrait bien ridicule, si on osait avancer qu’il y a eu tel chat dont la vie peut-être a été plus brillante et plus traversée que celle d’Alcibiade ou d’Hélène. Cependant si l’un et l’autre ont allumé des guerres fameuses, si Hélène a vu des autels élevés à sa beauté, de tels avantages ne les mettent point au-dessus d’un grand nombre de chats et de chattes qui tiennent un aussi beau rang au temple de Mémoire. »
François-Augustin Paradis de Moncrif, Histoire des chats, 1727.