« Il faut que je vous confie un grand projet, Madame. Parmi tant de faits mémorables qu’on a cherché à éclaircir et à mettre en ordre, on n’a point encore songé à faire l’histoire des chats ; n’en êtes-vous pas bien étonnée ? Homère n’avait pas trouvé indigne de sa muse de décrire la guerre des rats et des grenouilles. Un des chapitres de Lucien, traité avec le plus d’agrément, est à la louange de la mouche, et les ânes ont eu la satisfaction de voir faire leur élogeb. Comment les chats ont-ils été négligés ? Je n’en serais pas surpris s’il fallait, pour composer un ouvrage à leur gloire, avoir recours à l’imagination ; mais dès qu’on porte ses regards sur les chats des siècles passés, quelle foule d’événements plus intéressants les uns que les autres ne découvre-t-on pas ? Avant que d’en exposer le tableau, on paraîtrait bien ridicule, si on osait avancer qu’il y a eu tel chat dont la vie peut-être a été plus brillante et plus traversée que celle d’Alcibiade ou d’Hélène. Cependant si l’un et l’autre ont allumé des guerres fameuses, si Hélène a vu des autels élevés à sa beauté, de tels avantages ne les mettent point au-dessus d’un grand nombre de chats et de chattes qui tiennent un aussi beau rang au temple de Mémoire. »
François-Augustin Paradis de Moncrif, Histoire des chats, 1727.