« Il semble que de nos jours la race humaine soit attachée à quelque chose qui la retient, qui empêche ses progrès. Il semble qu’il existe quelque cause mystérieuse qui l’empêche d’atteindre la perfection à laquelle elle a le droit de prétendre par sa conscience. Une des raisons majeures de cet état de choses, est l’usage habituel, et si répandu, des boissons alcooliques et du tabac qui stupéfient le système nerveux.
La guérison de cette terrible maladie de l’humanité marquera une nouvelle ère dans l’existence de notre race ; elle ne peut d’ailleurs tarder à surgir. Le mal est déjà reconnu, même aujourd’hui, où la plupart des hommes se trouvent sous l’influence des poisons stimulants du cerveau et des narcotiques. La masse commence à ressentir les terribles méfaits que commettent ces poisons et essaie de réagir. Ce changement imperceptible dans la conscience doit inévitablement amener à sa suite la délivrance de l’humanité qui se soustraira à l’influence de ces poisons.
Cette émancipation de l’humanité lui ouvrira les yeux. Elle écoutera mieux alors les inspirations de sa conscience et elle mettra sa vie d’accord avec les ordres de cette même conscience.
Ce processus semble avoir déjà commencé dans les hautes classes sociales après que toutes les classes inférieures se sont trouvées infectées de ce mal. »
Lev Tolstoï, Plaisirs vicieux, L'alcool et le tabac. Traduction par Ilia Halpérine-Kaminsky, 1892.
XXXIII
Savoir se soustraire.
Si c’est une grande science que de savoir refuser des grâces, c’en est une plus grande de se savoir refuser à soi-même, aux affaires, et aux visites. Il y a des occupations importunes qui rongent le temps le plus précieux. Il vaut mieux ne rien faire que de s’occuper mal à propos. Il ne suffit pas, pour être homme prudent, de ne faire point d’intrigues ; mais il faut encore éviter d’y être mêlé. Il ne faut pas être si fort à chacun que l’on ne soit plus à soi-même. On ne doit point abuser de ses amis, ni rien exiger d’eux au delà de ce qu’ils accordent volontiers. Tout ce qui est excessif est vicieux, surtout dans la conversation ; et l’on ne saurait se conserver l’estime et la bienveillance des gens, sans ce tempérament, d’où dépend la bienséance. Il faut mettre toute sa liberté à si bien choisir que l’on ne pèche jamais contre le bon goût.
Baltasar Gracián, L'Homme de cour, 1647. Traduit de l'espagnol par Amelot de la Houssaie.
7 janvier 1973
Le « discours » des cheveux
La première fois que j’ai vu des chevelus, c’était à Prague : dans le hall de l’hôtel où j’étais descendu, sont entrés deux jeunes étrangers portant les cheveux jusqu’aux épaules. Ils ont traversé le hall, gagné un coin un peu à l’écart et se sont assis à une table. Ils sont restés assis une petite demi-heure, observés par les clients, dont j’étais ; puis ils sont partis. Que ce soit alors qu’ils fendaient la foule attroupée dans le hall ou lorsqu’ils étaient assis dans leur coin à l’écart, ils n’ont pas dit un mot (peut-être – encore que je ne m’en souvienne pas – se sont-ils chuchoté quelque chose : mais, je pense, quelque chose de rigoureusement pratique, d’inexpressif).
En effet, dans cette circonstance particulière – qui était entièrement publique, ou sociale et, dirais-je même, officielle – ils n’avaient pas besoin de parler ; leur silence était rigoureusement fonctionnel. Et il l’était simplement, parce que parler était superflu. Ces deux jeunes gens se servaient, pour communiquer avec les personnes présentes, les observateurs – leurs frères de ce moment-là – d’un autre langage que celui formé par les mots.
Ce qui prenait la place du langage verbal traditionnel et le rendait superflu – en trouvant d’ailleurs immédiatement place dans l’ample domaine des « signes », dans le cercle de la sémiologie – c’était le langage de leurs cheveux.
Un seul élément – précisément la longueur de leurs cheveux tombant sur les épaules – contenait en lui tous les signes possibles d’un langage articulé. Mais quel était donc le sens de leur message silencieux et purement physique ?
Le voici : « Nous sommes deux chevelus. Nous appartenons à une nouvelle catégorie humaine qui fait en ce moment son apparition dans le monde, qui a son centre en Amérique et qui, en province (par exemple – et même surtout – ici à Prague), est inconnue. Nous constituons donc pour vous une apparition. Nous exerçons notre apostolat, déjà pleins d’un savoir qui nous comble et nous dépouille totalement. Nous n’avons rien à ajouter oralement et rationnellement à ce que nos cheveux disent physiquement et ontologiquement. Le savoir dont nous sommes remplis sera un jour également vôtre, et notre apostolat y aura sa part. Pour l’heure, c’est une nouveauté, une grande nouveauté qui, avec le scandale qu’elle suscite, crée dans le monde une attente. Elle ne sera pas trahie. Les bourgeois ont raison de nous regarder avec haine et terreur, car ce en quoi consiste la longueur de nos cheveux les conteste radicalement. Mais qu’ils ne nous prennent pas pour des gens mal élevés ou sauvages : nous sommes bien conscients de nos responsabilités. Nous ne vous regardons pas, nous demeurons réservés. Faites de même vous aussi, et attendez les événements. »
Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires, 1976. Traduit de l’italien par Philippe Guilhon.
« C’est donc dans la campagne qui environne Grasse que naissent les derniers parfums de notre vieille Europe. Le travail du paysan y est réglé sur une sorte de calendrier uniquement floral, où dominent, en mai et en juillet, deux adorables reines : la rose et le jasmin. Autour de ces deux souveraines de l’année, l’une couleur d’aurore, l’autre vêtue d’étoiles blanches, défilent, de janvier à décembre, les innombrables et promptes violettes, les tumultueuses jonquilles, les narcisses à l’œil émerveillé, les mimosas énormes, le réséda, l’œillet chargé de précieuses épices, le géranium impérieux, la fleur d’oranger tyranniquement virginale, la lavande, le genêt d’Espagne, la trop puissante tubéreuse et la cassie qui est une espèce d’acacia et porte une fleur pareille à une chenille orangée.
Il est d’abord assez déconcertant de voir les grands rustres épais et balourds, que la dure nécessité détourne partout ailleurs des sourires de la vie, prendre ainsi les fleurs au sérieux, manier soigneusement ces fragiles ornements de la terre, accomplir une besogne d’abeille ou de princesse et ployer sous le faix des violettes ou des jonquilles. Mais l’impression la plus frappante est celle de certains soirs ou de certains matins de la saison des roses ou du jasmin. On croirait que l’atmosphère de la terre vient de subitement changer, qu’elle a fait place à celle d’une planète infiniment heureuse, où le parfum n’est plus, comme ici-bas, fugitif, imprécis et précaire, mais stable, vaste, plein, permanent, généreux, normal, aliénable. »
Maurice Maeterlinck, Les Parfums, 1907
« Paradoxes et passions : la naissance du monde intérieur par surtension chronique
La haute civilisation n'est donc pas du tout, comme l'enseignait Oswald Spengler, que la résultante de la rencontre entre un paysage et l'âme d'un groupe – ou l'amalgame d'un climat et d'un trauma. Elle n'est cependant pas non plus simplement une « richesse de problèmes », pour citer la définition spirituelle que donne Egon Friedell de la « culture » au sens de l'éducation. Toute civilisation de haut niveau prend au contraire ses racines, par sa propriété robuste, dans un paradoxe devenu capable de faire tradition. Elle découle de la cruelle naïveté avec laquelle le paradoxe de base s'incarne à ses stades précoces. La naïveté des premières hautes civilisations est cruelle dans la mesure où elles imposent contre leurs adeptes leur exigence de rendre possible l'impossible. C'est seulement lorsque de tels paradoxes initiaux se sont déployés pour devenir des problèmes qu'elles peuvent être appréciées comme des richesses et collectées comme des objets d'éducation. Dans leurs états premiers, les paradoxes ne sont pas vécus comme des trésors, mais subis comme des passions.
Exprimons en quoi consiste le paradoxe de base de toute haute civilisation : il découle de son orientation vers les excès hyperboliques ou acrobatiques, que l'on considère en supposant qu'ils se prêtent à l'imitation et à la normalisation. Dans la mesure où les hautes civilisations élèvent les prestations exceptionnelles au rang de conventions, elles produisent une tension pathogène, une sorte de mal de l'altitude chronique auxquels les participants au jeu paradoxal, pourvu qu'ils aient une intelligence suffisante, ne peuvent plus répondre qu'en constituant un espace interne d'esquive et de simulation, et donc une « âme », un ba, une psyché, un atman, ou en terme plus généraux un monde intérieur irrité fonctionnant sur le mode de la réflexivité permanente.
L'âme émerge sous les traits de l'instance dans laquelle l'impossible doit être représenté comme une possibilité dont il faut constamment tenir compte. L' « âme », au sens d'un organe intramondial ou cosmique destiné à dédoubler l'Étant dans son ensemble, n'a rien d'une instance supratemporelle dans laquelle se serait manifesté l'être-pour-soi des hommes de tous les temps et de tous les peuples. Elle naît seulement en temps que symptôme d'une surexcitation par un paradoxe inéluctable – par une exigence que l'on ne peut ni satisfaire ni ignorer. « L'intérieur humain » cesse alors de n'être qu'un espace de transit pour des affects « bouillonnants », comme on le reconnaît encore clairement dans la vision homérique du thymos ; ce n'est plus seulement non plus la salle de réception destinée aux visites des démons, des rêves et des idées. Cet intérieur ressemble plutôt à une inflammation chronique de la perception de soi, provoquée par une demande excessive : celle de voir le désir des individus s'orienter vers des exemples qu'il est impossible d'imiter. L'inflammation paradoxale et le pour-soi stabilisé sont des dimensions qui ont le même âge. À l'inverse, l'éthique de la haute civilisation ne présente d'attrait que dans la mesure où elle apprend à faire sa propre réclame avec les fascinations les plus élevées, le merveilleux physique et moral. Le merveilleux est le sourire de l'impossible.
Seule la transformation de l'incroyable en exemplaire peut permettre la stabilisation du climat de travail de la haute civilisation. Lorsque celle-ci s'adresse aux siens, ce n'est jamais sans oublier la référence au parfait qui, du fait même qu'ils ont accompli quelque chose de non imitable, peuvent être recommandés pour l'imitation. Dès que l'akro bainein, l'avancée captivante sur la corde au-dessus de l'abîme, passe du champ physique au champ moral, le paradoxe entre en jeu : les tensions verticales de l'espèce la plus exubérante naissent par élévation de l'inimitable au rang de l'exemplaire. »
Peter Sloterdijk, Tu dois changer ta vie, 2011. Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni.
« L’année 1955 marque un tournant crucial dans mon travail mathématique : celui du passage de l’analyse à la géométrie. Je me rappelle encore de cette impression saisissante (toute subjective certes), comme si je quittais des steppes arides et revêches, pour me retrouver soudain dans une sorte de pays promis aux richesses luxuriantes, se multipliant à l’infini partout où il plaît à la main de se poser, pour cueillir ou pour fouiller... Et cette impression de richesse accablante, au delà de toute mesure, n’a fait que se confirmer et s’approfondir au cours des ans, jusqu’à aujourd’hui même.
C’est dire que s’il y a une chose en mathématique qui (depuis toujours sans doute) me fascine plus que toute autre, ce n’est ni le nombre, ni la grandeur, mais toujours la forme. Et parmi les mille-et-un visages que choisit la forme pour se révéler à nous, celui qui m’a fasciné plus que tout autre et continue à me fasciner, c’est la structure cachée dans les choses mathématiques.
La structure d’une chose n’est nullement une chose que nous puissions inventer. Nous pouvons seulement la mettre à jour patiemment, humblement en faire connaissance, la découvrir. S’il y a inventivité dans ce travail, et s’il nous arrive de faire oeuvre de forgeron ou d’infatigable bâtisseur, ce n’est nullement pour façonner, ou pour bâtir, des structures. Celles-ci ne nous ont nullement attendues pour être, et pour être exactement ce qu’elles sont ! Mais c’est pour exprimer, le plus fidèlement que nous le pouvons, ces choses que nous sommes en train de découvrir et de sonder, et cette structure réticente à se livrer, que nous essayons à tâtons, et par un langage encore balbutiant peut-être, à cerner. Ainsi sommes-nous amenés à constamment inventerle langage apte à exprimer de plus en plus finement la structure intime de la chose mathématique, et à construire à l’aide de ce langage, au fur et à mesure et de toutes pièces, les théories qui sont censées rendre compte de ce qui a été appréhendé et vu. Il y a là un mouvement de va-et-vient continuel, ininterrompu, entre l’appréhension des choses, et l’expression de ce qui est appréhendé, par un langage qui s’affine et se re-crée au fil du travail, sous la constante pression du besoin immédiat. »
Alexandre Grothendieck, Récoltes et Semailles, 1986.
« Mais si idiot que puisse être le mot « fin de siècle », l’état d’esprit qu’il est destiné à définir existe en fait dans les groupes dirigeants. La disposition d’âme actuelle est étrangement confuse, faite à la fois d’agitation fiévreuse et de morne découragement, de crainte de l’avenir et de gaieté désespérée qui se résigne. La sensation dominante est celle d’un engloutissement, d’un éteignement. « Fin de siècle » est une confession et en même temps une plainte. L’antique mythe du Nord renfermait le dogme effroyable du Crépuscule des Dieux. De nos jours s’éveille dans les esprits d’élite la sombre inquiétude d’un Crépuscule des Peuples dans lequel tous les soleils et toutes les étoiles s’éteignent peu à peu, et où, au milieu de la nature mourante, les hommes périssent avec toutes leurs institutions et leurs créations.
Ce n’est pas la première fois dans le cours de l’histoire que la terreur de la fin du monde saisit les esprits. À l’approche de l’an mille, un sentiment semblable s’empara des peuples chrétiens. Mais la terreur chiliastique diffère essentiellement des émotions « fin de siècle ». Le désespoir des hommes, au tournant du premier millénaire de l’ère chrétienne, provenait du sentiment de la plénitude et de la joie de la vie. On sentait la sève circuler impétueusement dans tous ses membres ; on avait conscience d’une capacité de jouissance nullement affaiblie ; et l’on trouvait épouvantable de succomber avec l’univers, alors qu’il y avait encore tant de coupes à vider et de lèvres à baiser, et qu’on avait la pleine force de jouir des unes et des autres. Rien de semblable dans l’impression « fin de siècle ». Elle n’a rien de commun non plus avec la saisissante mélancolie crépusculaire d’un Faust, qui, vieillard, passant en revue l’œuvre de sa vie, est fier d’abord de ce qu’il a réalisé ; puis, considérant ce qu’il a laissé inachevé, est saisi du violent désir de le voir terminé, et, réveillé la nuit par l’inquiétude qui l’aiguillonne, sursaute en s’écriant : « Ce que j’ai songé, je veux me hâter de l’accomplir ». La disposition « fin de siècle » est tout autre. Elle est le désespoir impuissant d’un malade chronique qui, au milieu de la nature exubérante et éternelle, se sent peu à peu mourir ; l’envie du débauché âgé et riche qui voit un jeune couple amoureux s’enfoncer dans un bosquet discret ; la confusion d’épuisés et d’impuissants qui, fuyant une peste de Florence, se réfugieraient dans un jardin enchanté pour y vivre un décaméron, et se tortureraient en vain afin d’arracher à l’heure incertaine une ivresse encore. »
Max Nordau, Dégénérescence, 1892.
« Plusieurs choses me divertissent et excitent ma curiosité. Venez, mes amis, et asseyons-nous sous ce noyer. Deux formidables dîneurs sont en ce moment en présence au château, maître Bridaine et maître Blazius. N’avez-vous pas fait une remarque ? c’est que lorsque deux hommes à peu près pareils, également gros, également sots, ayant les mêmes vices et les mêmes passions, viennent par hasard à se rencontrer, il faut nécessairement qu’ils s’adorent ou qu’ils s’exècrent. Par la raison que les contraires s’attirent, qu’un homme grand et desséché aimera un homme petit et rond, que les blonds recherchent les bruns, et réciproquement, je prévois une lutte secrète entre le gouverneur et le curé. Tous deux sont armés d’une égale impudence ; tous deux ont pour ventre un tonneau ; non-seulement ils sont gloutons, mais ils sont gourmets ; tous deux se disputeront à dîner, non-seulement la quantité, mais la qualité. Si le poisson est petit, comment faire ? et dans tous les cas une langue de carpe ne peut se partager, et une carpe ne peut avoir deux langues. Item, tous deux sont bavards ; mais à la rigueur ils peuvent parler ensemble sans s’écouter ni l’un ni l’autre. Déjà maître Bridaine a voulu adresser au jeune Perdican plusieurs questions pédantes, et le gouverneur a froncé le sourcil. Il lui est désagréable qu’un autre que lui semble mettre son élève à l’épreuve. Item, ils sont aussi ignorans l’un que l’autre ; item, ils sont prêtres tous deux ; l’un se targuera de sa cure, l’autre se rengorgera dans sa charge de gouverneur. Maître Blazius confesse le fils, et maître Bridaine le père. Déjà, je les vois accoudés sur la table, les joues enflammées, les yeux à fleur de tête, secouer pleins de haine leurs triples mentons. Ils se regardent de la tête aux pieds, ils préludent par de légères escarmouches ; bientôt la guerre se déclare ; les cuistreries de toute espèce se croisent et s’échangent ; et, pour comble de malheur, entre les deux ivrognes s’agite dame Pluche, qui les repousse l’un et l’autre de ses coudes affilés. Maintenant que voilà le dîner fini, on ouvre la grille du château. C’est la compagnie qui sort ; retirons-nous à l’écart. »
Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, 1834.
« On pourrait accorder sans trop d’hésitations deux superlatifs à Mikhaïl Bakhtine, en affirmant qu’il est le plus important penseur soviétique dans le domaine des sciences humaines, et le plus grand théoricien de la littérature au XXe siècle. Il y a en fait, entre ces deux superlatifs, une certaine solidarité : non qu’on doive être soviétique pour exceller dans le domaine de la théorie littéraire (quoique la tradition russe soit probablement plus riche que celle de n’importe quel autre pays) ; mais parce qu’un véritable théoricien de la littérature doit nécessairement réfléchir à autre chose encore que la littérature : sa spécialité, si l’on peut dire, est de ne pas en avoir. Réciproquement (qui sait ?), l’intérêt pour la littérature est peut-être indispensable au spécialiste des sciences humaines.
Or tel est bien le cas de Bakhtine. Théoricien du texte avant tout (dans un sens non restrictif, c’est-à-dire bien plus large que celui de « littérature »), il s’est vu obligé, pour mieux étayer sa recherche, à de longues incursions dans les domaines psychologique et sociologique ; il en est revenu avec une vision unitaire du champ entier des sciences humaines, fondée sur l’identité de leur matière : les textes, et de leur méthode : l’interprétation, ou, dirait-il plutôt, la compréhension répondante.
C’est aux sciences du langage que Bakhtine apporte une attention toute particulière. Il trouve dans ce domaine, au début des années vingt, deux positions extrêmes. Il s’agit, d’une part, de la critique stylistique, qui ne se soucie que de l’expression de l’individu ; d’autre part, de la linguistique structurale naissante (Saussure), qui ne retient, dans le langage, que la langue, la forme grammaticale abstraite. C’est pourtant entre les deux que se situe l’objet privilégié de Bakhtine : à savoir, l’énoncé humain, comme produit de l’interaction entre la langue et le contexte d’énonciation — contexte qui appartient à l’histoire. Contrairement à ce que pensent les linguistes et les stylisticiens, l’énoncé n’est pas individuel, infiniment variable et donc impropre à la connaissance ; il peut et doit devenir l’objet d’une nouvelle science du langage, à laquelle Bakhtine donnera le nom de translinguistique. Ainsi parviendra-t-il à dépasser la dichotomie stérilisante de la forme et du contenu, pour inaugurer l’analyse formelle des idéologies. »
Tzvetan Todorov, Mikhaïl Bakhtine, le principe dialogique, 1981.
« La vitesse est la forme d'extase dont la révolution technique a fait cadeau à l'homme. Contrairement au motocycliste, le coureur à pied est toujours présent dans son corps, obligé sans cesse de penser à ses ampoules, à son essoufflement ; quand il court il sent son poids, son âge, conscient plus que jamais de lui-même et du temps de sa vie. Tout change quand l'homme délègue la faculté de vitesse à une machine : dès lors, son propre corps se trouve hors du jeu et il s'adonne à une vitesse qui est incorporelle, immatérielle, vitesse pure, vitesse en elle-même, vitesse extase.
Curieuse alliance : la froide impersonnalité de la technique et les flammes de l'extase. Je me rappelle cette Américaine qui, il y a trente ans, mine sévère et enthousiaste, sorte d'apparatchik de l'érotisme, m'a donné une leçon (glacialement théorique) sur la libération sexuelle ; le mot qui revenait le plus souvent dans son discours était le mot orgasme ; j'ai compté : quarante-trois fois. Le culte de l'orgasme : l'utilitarisme puritain projeté dans la vie sexuelle ; l'efficacité contre l'oisiveté ; la réduction du coït à un obstacle qu'il faut dépasser le plus vite possible pour arriver à une explosion extatique, seul vrai but de l'amour et de l'univers.
Pourquoi le plaisir de la lenteur a-t-il disparu ? Ah, où sont-ils, les flâneurs d'antan ? Où sont-ils, ces héros fainéants des chansons populaires, ces vagabonds qui traînent d'un moulin à l'autre et dorment à la belle étoile ? Ont-ils disparu avec les chemins champêtres, avec les prairies et les clairières, avec la nature ? Un proverbe tchèque définit leur douce oisiveté par une métaphore : ils contemplent les fenêtres du bon Dieu. Celui qui contemple les fenêtres du bon Dieu ne s'ennuie pas ; il est heureux. Dans notre monde, l'oisiveté s'est transformée en désœuvrement, ce qui est tout autre chose : le désœuvré est frustré, s'ennuie, est à la recherche constante du mouvement qui lui manque. »
Milan Kundera, La lenteur, 1994.
« Vers 2 heures du matin, comme le jeune homme insomnieux nous versait du thé chinois pâle, très parfumé, qui sentait le foin fleuri, une femme et deux hommes entrèrent, introduisant dans l’air odorant et trouble de l’atelier le froid de la nuit retenu aux fourrures de leurs manteaux. L’un des nouveaux venus demanda si « Charlotte » était là. Une tasse se brisa au bout de la salle et j’entendis de nouveau la voix coléreuse du garçon :
« Oui, elle est là. Elle est ici avec moi, et ça ne regarde personne. On n’a qu’à la laisser tranquille. »
Le nouveau venu haussa les épaules, jeta à terre sa pelisse et son smoking comme pour se colleter, mais il se borna à revêtir un kimono noir, tomba au long d’un des plateaux à pipes, et se mit à aspirer la fumée avec une avidité déplaisante, qui donnait l’envie de lui offrir des sandwiches, du veau froid, du vin rouge, des œufs durs, n’importe quelle denrée plus propre à combler sa gloutonnerie. Sa compagne aux fourrures alla retrouver la jeune femme saoule, qu’elle appela « ma jolie », et je n’eus pas le temps d’incriminer leur amitié, car elles s’endormirent tout aussitôt, le ventre de l’une moulé à la croupe de l’autre, comme des cuillers dans le tiroir à argenterie.
Le froid, malgré la chaleur confinée, descendait du plafond de vitres et annonçait la fin de la nuit. Je serrais mon manteau autour de moi, et je déplorais qu’une paresse, née du sombre arôme et de l’heure tardive, me retînt encore de gagner mon lit. À l’exemple des sages et des abandonnés qui gisaient là, j’aurais pu dormir sans crainte, mais si je sommeille confiante sur une terrasse ou sur une litière d’aiguilles de pin, tout lieu clos et mal connu m’inspire la suspicion. »
Colette, Le Pur et l'Impur, 1941.
[Aux alentours du 20 mars 1923]
Chère Marina Ivanovna,
Avez-vous vu, avez-vous entendu ceci ? Appelez au secours votre chère imagination et figurez-vous la vie avec toutes ses bizarreries et ses désordres. Lorsque vous y serez, regardez autour de vous : vous trouverez alors une explication au modeste hommage que je vous rends et à l’incroyable retard que j’ai pris. Hélas, même cette lettre vient encore trop tôt, je vous la livre clandestinement, sous le manteau. Qu’y a-t-il ? Il faudra du temps – un temps que ni vous ni moi ne maîtrisons – afin que mon adorable femme qui se ronge d’inquiétude se rende compte que mes propos au sujet de nous deux ne sont ni mensongers, ni faux, ni trop enfantins dans leur sincérité. Elle verra alors de ses propres yeux que cette haute amitié qui nous élève réciproquement et dont je lui ai parlé avec tant de flamme est réellement ardente et réellement amitié, que sans jamais croiser cette vie elle la connaît et l’aime de loin et ne lui veut aucun mal, que même si rien ne les rapproche, ce non-rapprochement ne l’offense ni ne la menace d’aucune façon. C’est un malentendu fatal si nous ne nous sommes pas rencontrés tous les trois. Nous aurions évité, tous les trois, ce litige humiliant. Je suis certain qu’elle vous aurait aimée comme elle aime vos livres, admiration que nous partageons sans lourdeur ni malentendu. Comment pourrais-je lui raconter ce qui nous lie, alors que je ne suis même pas capable de l’exprimer à vous, car il faudrait l’exprimer par notre vie de demain, son labeur, son silence concentré et cette force, la seule que je reconnais comme telle, qui précède le mètre, le crée, l’engendre et, pas plus grande qu’un point, réchauffe l’univers infini du souffle de sa sage tendresse : alors, l’univers se déploie, s’épand et se rassemble dans cette chaleur. Que vous dire à propos de tout cela si, même aujourd’hui, je remplace la possibilité de vous écrire ou de « commencer un travail avec vous » (ce qui m’est refusé pour le moment) par la lecture de Tolstoï, admettons de Résurrection que j’ai actuellement sous la main. Vous êtes ma sœur ; ce mot, celui de notre suprême et mâle expressivité, pensez avec quelle douleur je me mords les lèvres à chaque nouvelle ligne pour ne pas le laisser échapper de peur qu’il n’arrive malheur à sa vérité ardente par la faute de ma petitesse, de votre jeunesse ou pour une autre raison encore, comme cela advient presque toujours à ce que l’homme a de meilleur, de plus précieux.
Boris Pasternak & Marina Tsvetaeva, Correspondance (1922-1936). Traduit du russe par Éveline Amoursky et Luba Jurgenson.
« Les « lâchés »
Il y a aussi les faux appels ; les fausses vocations.
Une attirance qui semble invincible ; une certitude, une évidence du cœur ; et l’appel incessant : « Viens ! »
En religion, comme en amour et en poésie, combien ont entendu l’appel intérieur ! combien ont jugé qu’il leur était meilleur de tout quitter pour cela ! – qui, en quelques mois ou quelques années, connurent la totale déconfiture, l’écroulement de leurs Espérances, ou l’arrêt soudain de l’ouragan divin…
Cas mystérieux de ceux qui se sont trompés (ou qu’on a trompés ?).
La vague qui les portait aux plus hautes cimes, n’était-elle qu’obsession vulgaire et idée fixe ? Qui pourrait le dire ?…
Toute « révélation » est sacrée. Certaines d’entre elles sont passagères – passage de l’Ange ? ; un message a été délivré ; un visage de feu a resplendi ; un éblouissement, un ébranlement de tout l’être s’est manifesté ; et puis, un peu plus tard, l’on retrouve ces voyants, ces appelés, échoués sur le sable, vidés et comme inanimés. La foudre s’est retirée… Que s’est-il passé en eux ? Leur génie s’est contenté d’une simple visite – peut-être pour les avertir…, peut-être pour qu’ils n’oublient pas…, et puissent un jour témoigner…
C’est là l’une des plus grandes souffrances qu’il soit donné à un homme de connaître.
On les reconnaît, d’ailleurs, ces « lâchés » de l’Absolu – comme on reconnaît un ancien alcoolique, un ancien toxicomane. Un reste de tremblement ; un regard par moments égaré ou transfiguré ; un mot qui cloue soudain comme un javelot ; ou un soupir échappé d’un long silence… »
Vincent La Soudière, Le firmament pour témoin, Lettres à Didier, 1981-1993.
« J'y pense tout le temps
Et pour que ça passe, ça passe
Je m'automédique
J'avale, j'avale
Des ecstas merdiques
Et je me dis que
Ça va
Et quand tout fout le camp
Je prends la poudre d'escampette
Qu'à mes tempes mon pouls ralentisse
Que les voix se taisent
Après la tempête
Je flotte dessus mes hantises
Dessus la peur d'être fou
À lier
Marteau comme ici les requins
Que j'ai dans la coloquinte
Au fond du bocal
Fêlé
Ouais je crains de finir fou
À lier
Marteau comme ici les requins !
Sont-ce des tickets low-cost
Pour des cieux tropicaux ?
Pastilles multicolores
Pour que les Dieux décolèrent...
Dans la discothèque
Poussent des palmiers que les
Crocodiles accostent
Descendons en parachute
Dans cet infini paradis !
La pensée a ses terres
Pas vues des radars satellitaires
Cette île est-elle ici réelle
Abandonnée ?
Ou bien dans ma tête
Récif peuplé de sirènes »
Feu ! Chatterton, Fou à lier, 2015.
« Le vaisseau traversait une crise – nous n’avions pas fait d’escale pendant toutes ces années et nous n’avions pas de mission unifiée. Nous voyagions presque au hasard à travers la galaxie, et nous le faisions depuis des décennies, voire des siècles. Il n’y avait aucun consensus sur notre but, notre objectif. Il en avait toujours été ainsi, du moins au cours de mon existence, mais nous n’avions jamais passé autant d’années sans au moins nous poser quelque part. Ce climat d’incertitude et d’insatisfaction profonde s’était répandu à travers tout le vaisseau au cours des derniers mois, et il s’intensifiait maintenant que nous approchions de notre nouvelle destination.
Certains avaient suggéré que nous retournions là où le voyage avait débuté. Mais de quel début s’agissait-il ? Le dernier endroit où nous avions effectivement pu fouler le sol d’une planète ? Il nous était impossible d’y retourner. La planète précédente où nous nous étions posés ? Pratiquement la même chose là-bas. Il y avait toujours eu une bonne raison de quitter les planètes et de poursuivre notre voyage.
Pourquoi ne pas retourner à notre lieu d’origine, alors ? Notre véritable lieu d’origine, c’était le vaisseau. Nous étions presque tous nés à bord de l’Argonos, et c’est à bord du vaisseau que nous mourrions pour la plupart, avant que nos corps ne soient éjectés dans les sombres confins glacés de l’espace. Personne ne savait où le vaisseau avait été construit, ou lancé pour la première fois, même s’il y avait beaucoup d’hypothèses à ce sujet. Bon nombre d’entre nous suggéraient que c’était la Terre, le berceau légendaire de l’humanité. C’était, pour moi, l’hypothèse la plus plausible. Mais retourner sur Terre n’était pas envisageable non plus. Cela avait déjà été tenté, des années avant ma naissance. Tout ce qu’on avait trouvé c’était un monde abandonné, empoisonné et radioactif, recouvert de ruines.
D’un autre côté, l’évêque affirmait que le vaisseau avait toujours existé – un « mystère » qui formait une large part de ses sermons évangéliques, une large part de ses fondements théologiques. Une large part de ses inepties. »
Richard Paul Russo, La Nef des fous, 2006.
« Nous nous exprimons nécessairement par des mots, et nous pensons le plus souvent dans l’espace. En d’autres termes, le langage exige que nous établissions entre nos idées les mêmes distinctions nettes et précises, la même discontinuité qu’entre les objets matériels. Cette assimilation est utile dans la vie pratique, et nécessaire dans la plupart des sciences. Mais on pourrait se demander si les difficultés insurmontables que certains problèmes philosophiques soulèvent ne viendraient pas de ce qu’on s’obstine à juxtaposer dans l’espace les phénomènes qui n’occupent point d’espace, et si, en faisant abstraction des grossières images autour desquelles le combat se livre, on n’y mettrait pas parfois un terme. Quand une traduction illégitime de l’inétendu en étendu, de la qualité en quantité, a installé la contradiction au cœur même de la question posée, est-il étonnant que la contradiction se retrouve dans les solutions qu’on en donne ?
Nous avons choisi, parmi les problèmes, celui qui est commun à la métaphysique et à la psychologie, le problème de la liberté. Nous essayons d’établir que toute discussion entre les déterministes et leurs adversaires implique une confusion préalable de la durée avec l’étendue, de la succession avec la simultanéité, de la qualité avec la quantité : une fois cette confusion dissipée, on verrait peut-être s’évanouir les objections élevées contre la liberté, les définitions qu’on en donne, et, en un certain sens, le problème de la liberté lui-même. »
Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889.
« Ce qu’il y a de certain, c’est que les mathématiciens emploient dans leur notation des symboles dont ils ne connaissent plus le sens, et qui sont comme des vestiges de traditions oubliées ; et ce qui est le plus grave, c’est que non seulement ils ne se demandent pas quel peut être ce sens, mais que même ils semblent ne pas vouloir qu’il y en ait un. En effet, ils tendent de plus en plus à regarder toute notation comme une simple « convention », par quoi ils entendent quelque chose qui est posé d’une façon tout arbitraire, ce qui, au fond, est une véritable impossibilité, car on ne fait jamais une convention quelconque sans avoir quelque raison de la faire, et de faire précisément celle-là plutôt que toute autre ; c’est seulement à ceux qui ignorent cette raison que la convention peut paraître arbitraire, de même que ce n’est qu’à ceux qui ignorent les causes d’un événement que celui-ci peut paraître « fortuit » ; c’est bien ce qui se produit ici, et on peut voir là une des conséquences les plus extrêmes de l’absence de tout principe, allant jusqu’à faire perdre à la science, ou soi-disant telle, car alors elle ne mérite vraiment plus ce nom sous aucun rapport, toute signification plausible. D’ailleurs, du fait même de la conception actuelle d’une science exclusivement quantitative, ce « conventionnalisme » s’étend peu à peu des mathématiques aux sciences physiques, dans leurs théories les plus récentes, qui ainsi s’éloignent de plus en plus de la réalité qu’elles prétendent expliquer ; nous avons suffisamment insisté là-dessus dans un autre ouvrage pour nous dispenser d’en dire davantage à cet égard, d’autant plus que c’est des seules mathématiques que nous avons maintenant à nous occuper plus particulièrement. À ce point de vue, nous ajouterons seulement que, quand on perd ainsi complètement de vue le sens d’une notation, il n’est que trop facile de passer de l’usage légitime et valable de celle-ci à un usage illégitime, qui ne correspond plus effectivement à rien, et qui peut même être parfois tout à fait illogique ; cela peut sembler assez extraordinaire quand il s’agit d’une science comme les mathématiques, qui devrait avoir avec la logique des liens particulièrement étroits, et pourtant il n’est que trop vrai qu’on peut relever de multiples illogismes dans les notions mathématiques telles qu’elles sont envisagées communément à notre époque. »
René Guénon, Les Principes du Calcul infinitésimal, 1946.
« Il ne fait aucun doute que, de tous les récits, le premier est celui qui pose le plus de difficultés au lecteur moyen. Non seulement il possède une nomenclature éprouvante, mais sa logique et ses idées semblent, lors de la lecture initiale, tout à fait étrangères à notre expérience. Cela peut s’expliquer par le fait que, dans cette histoire comme dans la suivante, aucun chien ne joue le moindre rôle. Dès le paragraphe d’ouverture, le lecteur se trouve plongé dans une situation iconoclaste que doivent résoudre des personnages qui le sont tout autant. Avouons toutefois que, quand on en a fini tant bien que mal avec ce conte, les suivants paraissent, en comparaison, presque simples.
Il s’articule autour du concept de la ville. Si on ne saisit pas tout à fait ce qu’une ville pourrait être, ou pourquoi elle devrait exister, on s’accorde sur le fait qu’il s’agissait d’une zone restreinte qui accueillait et entretenait un grand nombre de résidents. Certains des motifs de son existence figurent en passant dans le texte, mais pour Skip, qui a consacré sa vie à l’étude de cette légende, ces explications ne sont que les improvisations astucieuses d’un conteur antique soucieux de véracité. La plupart des érudits conviennent avec Skip que les raisons fournies dans le récit battent en brèche la logique la plus élémentaire, et certains, dont Voyou, penchent pour une satire ancienne dont le sens s’est perdu depuis lors.
La plupart des experts tiennent une telle organisation pour une structure inapplicable, d’un point de vue non seulement économique, mais aussi sociologique et psychologique. Ils soulignent qu’aucun être doté du système nerveux complexe nécessaire au développement d’une telle culture ne pourrait survivre dans ses limites. S’efforcer d’y parvenir, selon ces experts, entraînerait une névrose de masse qui, au bout d’un bref laps de temps, détruirait la culture même ayant édifié la ville. »
Clifford D. Simak, Demain les chiens, 1952. Traduit de l’anglais américain par Pierre-Paul Durastanti.