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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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Mais, car il fallait voler quelquefois, nous connaissions aussi les beautés claires, terrestres, de l'audace. Avant qu'on ne s'endormît, le chef, le cavalier nous conseillait. Avec de faux papiers, par exemple, nous allions à différents consulats afin d'être rapatriés. Le consul, attendri ou agacé par nos plaintes et notre misère, notre crasse, nous donnait un billet de chemin de fer pour un poste frontière. Notre chef le revendait à la gare de Barcelone. Il nous indiquait aussi les vols à commettre dans les églises – ce que n'osaient les Espagnols – ou dans les villas élégantes, enfin c'est lui-même qui nous amenait les matelots anglais ou hollandais à qui nous devions nous prostituer pour quelques pesetas. Ainsi parfois nous volions et chaque cambriolage nous faisait un instant respirer à la surface. Une veille d'armes précède chaque expédition nocturne. La nervosité que provoquent la peur, l'angoisse quelquefois, facilite un état voisin des dispositions religieuses. Alors j'ai tendance à interpréter le moindre accident. Les choses deviennent signe de chance. Je veux charmer les puissances inconnues de qui me semble dépendre la réussite de l'aventure. Or je cherche à les charmer par des actes moraux, par la charité d'abord : je donne mieux et plus aux mendiants, je cède aux vieillards ma place, je m'efface devant eux, j'aide les aveugles à traverser les rues, etc. Ainsi ai-je l'air de reconnaître au vol présider un dieu à qui sont agréables les actions morales. Ces tentatives pour lancer un filet hasardeux où se laissera capturer le dieu dont je ne sais rien m'épuisent, m'énervent, favorisent encore cet état religieux. A l'acte de voler elles communiquent la gravité d'un acte rituel. Il s'accomplira vraiment au cœur des ténèbres auxquelles s'ajoute qu'il le soit plutôt la nuit, durant le sommeil des gens, dans un endroit clos, et soi-même peut-être masqué de noir. La marche sur la pointe des pieds, le silence, l'invisibilité dont nous avons besoin même en plein jour, les mains à tâtons organisant dans l'ombre des gestes d'une complication, d'une précaution insolite – tourner la simple poignée d'une porte nécessite une multitude de mouvements dont chacun a l'éclat d'une facette de bijou – (découvrant de l'or il me semble l'avoir déterré : j'ai fouillé des continents, des îles océaniennes ; les nègres m'entourent, de leurs piques empoisonnées ils menacent mon corps sans défense, mais, la vertu de l'or agissant, une grande vigueur me terrasse ou m'exalte, les piques s'abaissent, les nègres me reconnaissent et je suis de la tribu) – la prudence, la voix chuchotée, l'oreille dressée, la présence invisible et nerveuse du complice et la compréhension du moindre signe de lui, tout nous ramasse en nous-mêmes, nous tasse, fait de nous une boule de présence que décrit si bien le mot de Guy : – « On se sent vivre. » Jean Genet, Journal du voleur, 1949.