« Il ne fait aucun doute que, de tous les récits, le premier est celui qui pose le plus de difficultés au lecteur moyen. Non seulement il possède une nomenclature éprouvante, mais sa logique et ses idées semblent, lors de la lecture initiale, tout à fait étrangères à notre expérience. Cela peut s’expliquer par le fait que, dans cette histoire comme dans la suivante, aucun chien ne joue le moindre rôle. Dès le paragraphe d’ouverture, le lecteur se trouve plongé dans une situation iconoclaste que doivent résoudre des personnages qui le sont tout autant. Avouons toutefois que, quand on en a fini tant bien que mal avec ce conte, les suivants paraissent, en comparaison, presque simples.
Il s’articule autour du concept de la ville. Si on ne saisit pas tout à fait ce qu’une ville pourrait être, ou pourquoi elle devrait exister, on s’accorde sur le fait qu’il s’agissait d’une zone restreinte qui accueillait et entretenait un grand nombre de résidents. Certains des motifs de son existence figurent en passant dans le texte, mais pour Skip, qui a consacré sa vie à l’étude de cette légende, ces explications ne sont que les improvisations astucieuses d’un conteur antique soucieux de véracité. La plupart des érudits conviennent avec Skip que les raisons fournies dans le récit battent en brèche la logique la plus élémentaire, et certains, dont Voyou, penchent pour une satire ancienne dont le sens s’est perdu depuis lors.
La plupart des experts tiennent une telle organisation pour une structure inapplicable, d’un point de vue non seulement économique, mais aussi sociologique et psychologique. Ils soulignent qu’aucun être doté du système nerveux complexe nécessaire au développement d’une telle culture ne pourrait survivre dans ses limites. S’efforcer d’y parvenir, selon ces experts, entraînerait une névrose de masse qui, au bout d’un bref laps de temps, détruirait la culture même ayant édifié la ville. »
Clifford D. Simak, Demain les chiens, 1952. Traduit de l’anglais américain par Pierre-Paul Durastanti.