« Il semble que de nos jours la race humaine soit attachée à quelque chose qui la retient, qui empêche ses progrès. Il semble qu’il existe quelque cause mystérieuse qui l’empêche d’atteindre la perfection à laquelle elle a le droit de prétendre par sa conscience. Une des raisons majeures de cet état de choses, est l’usage habituel, et si répandu, des boissons alcooliques et du tabac qui stupéfient le système nerveux.
La guérison de cette terrible maladie de l’humanité marquera une nouvelle ère dans l’existence de notre race ; elle ne peut d’ailleurs tarder à surgir. Le mal est déjà reconnu, même aujourd’hui, où la plupart des hommes se trouvent sous l’influence des poisons stimulants du cerveau et des narcotiques. La masse commence à ressentir les terribles méfaits que commettent ces poisons et essaie de réagir. Ce changement imperceptible dans la conscience doit inévitablement amener à sa suite la délivrance de l’humanité qui se soustraira à l’influence de ces poisons.
Cette émancipation de l’humanité lui ouvrira les yeux. Elle écoutera mieux alors les inspirations de sa conscience et elle mettra sa vie d’accord avec les ordres de cette même conscience.
Ce processus semble avoir déjà commencé dans les hautes classes sociales après que toutes les classes inférieures se sont trouvées infectées de ce mal. »
Lev Tolstoï, Plaisirs vicieux, L'alcool et le tabac. Traduction par Ilia Halpérine-Kaminsky, 1892.