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Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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3 года назад
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La locution adverbiale « outre-mer », dans son sens le plus courant, ne signifie rien de moins qu’un territoire au-delà des mers, par rapport à une contrée définie. Dans cette acception, la Terre entière est outre-mer, puisque nous sommes tous l’outre-mer de quelque part ou de quelqu’un. L’Europe serait donc l’outre-mer de la Chine ou de l’Amérique, tout comme l’Afrique serait outre-mer pour les Australiens. Pourtant, ce n’est pas ce sens qui l’emporte aujourd’hui et l’usage d’« outre-mer » est indissociablement lié à la colonisation. Tout d’abord, dans la seconde moitié du XIX e siècle, il va désigner les pays sous domination coloniale européenne. À partir des années 1930, il va être réduit à ceux soumis à l’autorité de la France. Ainsi, en 1934, l’École coloniale est rebaptisée École nationale de la France d’outre-mer (ENFOM), qu’on appellera encore pendant longtemps la « Colo » [ENDERS, 1993]. La même année, l’Institut national d’agronomie coloniale devient l’Institut national agronomique de la France d’outre-mer. L’année suivante, le Musée des colonies, construit porte Dorée pour l’Exposition coloniale de 1931, devient le Musée de la France d’outre-mer. Quand, en 1946, la Constitution met juridiquement fin à la colonisation et qu’un « ministre de l’Outre-mer » se substitue au « ministère des Colonies », « outre-mer » prend son essor et devient une façon euphémisée d’évoquer les colonies : « France d’outre-mer » est strictement le synonyme de colonie française. On peut cependant noter qu’en 1934, et pendant une dizaine de jours seulement, le ministre des Colonies portera le nom de ministre de la France d’Outre-mer. C’est Pierre Laval qui sera le premier à reprendre le nom de ministre des Colonies. Quand, à la Libération, on décide de relancer la politique coloniale, on crée un Office de recherche scientifique d’outre-mer (ORSOM) qui devient Office de la recherche scientifique et technique outre-mer (ORSTOM) dans les années 1950. Et s’il y a, dans le fait de l’avoir rebaptisé Institut de recherche pour le développement (IRD) en 1998, la volonté de montrer l’évolution de ses missions avec l’engagement dans la coopération Nord/Sud, il y a également le souci de se défaire de son passé colonial. On peut également considérer que l’émergence dans les années 1980 de l’adjectif ou du gentilé « ultramarin », pour évoquer ce qui est en relation avec l’outre-mer ou pour désigner les habitants de l’outre-mer, relève de la même logique, probablement aussi en lien avec la notion d’ultrapériphéricité, terme de la novlangue bruxelloise, mentionnée dans le traité de Maastricht (1992) alors que le traité d’Amsterdam (1997) introduit les régions ultrapériphériques (RUP) dans le corps des traités européens. Jean-Christophe Gay, La France d'outre-mer, terres éparses, sociétés vivantes, 2021.