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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

Читаю вещи

3 года назад
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« Je le sais. Je mourrai dans des conditions déshonorantes. Je jouis aujourd’hui d’être un objet d’horreur, de dégoût, pour le seul être auquel je suis lié. Ce que je veux : ce qui peut survenir de plus mauvais à un homme qui en rie. La tête vide où « je » suis est devenue si peureuse, si avide, que la mort seule pourrait la satisfaire. Il y a quelques jours, je suis arrivé – réellement, et non dans un cauchemar – dans une ville qui ressemblait au décor d’une tragédie. Un soir, – je ne le dis que pour rire d’une façon plus malheureuse – je n’ai pas été ivre seul à regarder deux vieillards pédérastes qui tournoyaient en dansant, réellement, et non dans un rêve. Au milieu de la nuit le Commandeur entra dans ma chambre : pendant l’après-midi, je passais devant son tombeau, l’orgueil m’avait poussé à l’inviter ironiquement. Son arrivée inattendue m’épouvanta. Devant lui, je tremblais. Devant lui, j’étais une épave. Près de moi gisait la seconde victime : l’extrême dégoût de ses lèvres les rendait semblables aux lèvres d’une morte. Il en coulait une bave plus affreuse que du sang. Depuis ce jour-là, j’ai été condamné à cette solitude que je refuse, que je n’ai plus le cœur de supporter. Mais je n’aurais qu’un cri pour répéter l’invitation et, si j’en croyais une aveugle colère, ce ne serait plus moi qui m’en irai, ce serait le cadavre du vieillard. A partir d’une ignoble souffrance, à nouveau, l’insolence qui, malgré tout, persiste de façon sournoise, grandit, d’abord lentement, puis, tout à coup, dans un éclat, elle m’aveugle et m’exalte dans un bonheur affirmé contre toute raison. Le bonheur à l’instant m’enivre, il me saoule. Je le crie, je le chante à pleine gorge. En mon cœur idiot, l’idiotie chante à gorge déployée. JE TRIOMPHE ! » Georges Bataille, Le Bleu du ciel, 1957.