« Un des griefs les plus graves des indigènes anglais contre le Conquérant et ses Normands fut la création des forêts royales. Duc de Normandie, Guillaume avait eu d'immenses forêts pour y chasser le cerf et le sanglier. Roi d'Angleterre, il voulut s'assurer son passe-temps favori et, près de la capitale, Winchester, fit planter la Nouvelle Forêt, détruisant, disent les chroniqueurs, soixante villages, des champs fertiles, des églises et ruinant des milliers d'habitants. Les chiffres semblent exagérés, mais il est certain que les forêts royales furent une plaie. Au siècle suivant, elles couvriront un tiers de la superficie du royaume. Ces forêts étaient protégées par des lois cruelles. Au temps de Guillaume, quiconque y tuait une biche ou un cerf avait les yeux crevés. Il était interdit, sous peine de mutilation, de toucher aux sangliers et aux lièvres. Plus tard, tuer un cerf dans la forêt royale devint un cas pendable. En cette matière les passions du Conquérant l'avaient emporté sur son esprit politique. Les écrivains du temps essaient de justifier les lois de la forêt en disant que celle-ci échappe à la loi commune du royaume ; le roi s'y repose de tous ses soucis, et même de celui d'être juste. »
André Maurois, Histoire de l'Angleterre, 1937.