Ce que cherchent les Parisiennes.
— Les Parisiennes n’ont à un si haut degré les passions de l’esprit que parce qu’elles n’ont pas les autres ; si elles avaient plus de sentiments, elles auraient moins d’idées ; si elles avaient plus d’amour, elles auraient moins d’ambition ; mais ce sont d’étranges personnes ; les Parisiennes ont une imagination dévorante et une nature froide, une vanité folle et un cœur plein de bon sens.
L’ambition, c’est toute leur vie ; avoir de l’importance, c’est tout leur rêve. L’amour n’est pour elles qu’un succès ; être aimée, c’est seulement prouver que l’on est aimable.
L’unique passion qu’elles puissent ressentir et comprendre, c’est la passion de la maternité, parce que l’amour maternel est une ambition sainte, un orgueil sacré.
Ce qu’il y a de plus rare à Paris, après une femme bête, c’est une femme généreuse. Il n’y a point d’exemple d’une riche héritière qui ait choisi un jeune mari parce qu’il était séduisant et beau ; celle-ci a voulu être ambassadrice, celle-là a voulu être duchesse.
Quand la femme d’un vieux maréchal goutteux vient à mourir, toutes les jeunes filles qui ont de belles dots, en s’éveillant pensent à lui… Madame la maréchale !… pour une âme tendre ce mot est si doux !
Plus une Parisienne est jeune, plus elle est ambitieuse et intéressée.
Delphine de Girardin, Les Parisiennes, 1868.