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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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3 года назад
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« Il faut ajouter que les deux hommes n'étaient pas du même monde. On sait que Wittgenstein était le plus jeune fils d'un magnat de l'industrie, d'ascendance juive mais converti au protestantisme le plus rigoureux, qui jouait un rôle de premier plan dans la politique et la finance de son pays, et dont le goût pour la musique avait attiré dans son salon quelques-uns des meilleurs artistes de l'époque : Brahms, Mahler, Bruno Walter... Sa formation avait été celle qui convenait dans ce milieu à un esprit supérieurement doué. Dégagé de tout souci matériel, il avait très jeune voyagé à travers l'Europe, et suivi les enseignements les plus prestigieux. Ayant décidé d'entreprendre des études de technologie, c'est ainsi à Manchester qu'il s'était rendu en 1908 pour étudier machines et manufactures ; puis, abandonnant la technologie pour les mathématiques pures, il était allé à Iéna consulter Gottlob Frege, qui lui conseilla de regagner l'Angleterre et d'y suivre l'enseignement de Russell. En 1911, il était ainsi inscrit à Cambridge, Trinity College. Les origines sociales de Karl Popper sont bien différentes : son père était un avocat libéral et franc-maçon, érudit, poète et militant, qui fut ruiné par la guerre. Ayant dû très tôt quitter le gymnase pour travailler, le jeune Popper fit un apprentissage d'ébéniste, tout en suivant comme auditeur libre des cours à l'Université. Plusieurs années d'une vie d'efforts qui devaient lui valoir, en 1930, un poste d'instituteur qu'il conserva jusqu'en 1937 ; soit trois ans après la publication de la Logik der Forschung, seize ans après la publication du Tractatus. Sans doute Wittgenstein, qui s'était empressé de se débarrasser de la part d'héritage dont il avait été bénéficiaire en 1912 à la mort de son père afin de mener une vie simple et ascétique, fut-il lui-même instituteur de 1920 à 1926 dans quelques écoles de villages des districts de Schneeberg et Semmering en Basse-Autriche. Mais si l'on peut discuter des motifs qui l'y engagèrent, ils étaient, à coup sûr, différents de ceux qui animaient Karl Popper. Il n'est en tout cas pas interdit de voir, dans ces « enfances » si disparates, l'origine d'attitudes diamétralement opposées face à la carrière universitaire. Wittgenstein, nul ne l'ignore, s'est toujours senti mal à l'aise dans la fonction de professeur — qu'il délaissa plusieurs fois pour de longs séjours presque solitaires dans le splendide recueillement des montagnes norvégiennes ; il lui arriva même de déconseiller formellement à quelques-uns de ses étudiants de vouloir enseigner la philosophie. Tous les témoignages s'accordent aussi à reconnaître que son enseignement, dialogué et sans notes, était d'un style fort peu académique, captivant les uns, déconcertant et hérissant les autres. Karl Popper, de son côté, s'est très vite mis en devoir de se conformer au modèle du grand universitaire britannique et n'a jamais caché sa satisfaction d'y avoir pour finir pleinement réussi. » Dominique Lecourt, L'Ordre et les Jeux, le positivisme logique en question, 1981.