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Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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3 года назад
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LES SALONS RIDICULES De toutes les folies du temps, il n’y en a pas de plus gaie, de plus étrange, de plus fertile en surprises cocasses, que cette rage de soirées, de thés, de sauteries qui sévit d’octobre en avril à tous les étages de la bourgeoisie parisienne. Même dans les plus modestes ménages, aux coins les plus retirés de Batignolles ou de Levallois-Perret, on veut recevoir, avoir un salon, un jour. Je connais des malheureux qui s’en vont chaque lundi prendre le thé rue du Terrier-aux-Lapins. Passe encore pour ceux qui ont un intérêt quelconque à ces petites fêtes. Ainsi les médecins qui s’établissent et veulent se faire connaître dans le quartier, les parents sans fortune qui cherchent à marier leurs filles ; les professeurs de déclamation, les maîtresses de piano recevant une fois par semaine les familles de leurs élèves. Ces soirées-là sentent toujours un peu la classe, le concours. Il y a des murs nus, des sièges raides, des parquets cirés, sans tapis, une gaîté de convention et des silences si attentifs quand le professeur annonce : « Monsieur Edmond va nous réciter une scène du Misanthrope », ou « Mademoiselle Élisa va jouer une Polonaise de Weber ». Mais à côté de cela, combien de malheureux qui reçoivent sans raison, sans profit, simplement pour le plaisir de recevoir, de se bien gêner une fois la semaine et de réunir chez eux une cinquantaine de personnes qui s’en iront en ricanant. Ce sont des salons trop petits, tout en longueur, où les invités, assis et causant, ont l’attitude gênée de gens en omnibus ; des appartements transformés, bouleversés, avec des couloirs, des portières, des paravents à surprises, et la maîtresse de maison effarée qui vous crie : « Pas par là ! » Quelquefois une porte indiscrète s’entr’ouvre et vous laisse apercevoir là-bas, dans un fond de cuisine, Monsieur qui rentre harassé de courses, trempé de pluie, essuyant son chapeau avec un mouchoir, ou dévorant à la hâte un morceau de viande froide sur une table encombrée de plateaux. On danse dans des corridors, dans des chambres à coucher toutes démeublées, et, en ne voyant plus rien autour de soi que des lustres, des bras de bronze, des tentures, un piano, on se demande avec terreur : « Où coucheront-ils ce soir ? »