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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« Et le séisme que représente Vatican II ? S’agissant du Concile, je n’ai pas quinze ans lorsqu’il se clôt, mais je grandis à l’ombre de cet événement. On me dit qu’il est important et j’acquiesce sans trop appréhender cette importance. On m’invite à en consulter les textes et je les lis, sans me passionner ni guère les comprendre. Manifestement le tournant est crucial mais je dois avouer que, dans l’instant, il ne me bouleverse pas. Il faudra attendre les années de classe préparatoire pour que j’en prenne à peine la mesure. Mais que je réalise aussi l’abaissement de l’institution, l’ébranlement des clercs, le désarroi des fidèles et l’éclatement des représentations qui s’en sont suivies, qui couvaient depuis longtemps et que mon jeune âge n’avait pu deviner. L’après-concile laisse finalement voir un état de faiblesse et de désordre qui, pour le coup, m’a profondément affecté. Comment vivez-vous cette période heurtée pour l’Église ? Non pas comme une catastrophe, mais comme une interrogation. Certes, quand vous commencez à noter que les prêtres disparaissent de la scène parce qu’ils quittent en nombre le sacerdoce, soit qu’ils n’ont jamais eu la foi, soit qu’ils l’ont perdue ou encore parce qu’ils pensent bon de la vivre autrement, votre trouble est certain. Mais brandir l’argument sociologique d’une subite crise des vocations due à une variation climatique des mœurs n’explique rien. Qu’autant de défections s’accumulent aussi vite ne saurait venir de nulle part. Il y a à la source de ces départs, je le réalise, un problème que je n’ai ni su, ni pu percevoir. Au moment où il prend son ampleur, il est en fait déjà ancien. Les tensions entre l’épiscopat, le clergé et le laïcat à propos du témoignage catholique face au monde moderne remontent à loin, on le sait maintenant. Et ma petite expérience de l’Action catholique me l’avait fait entrevoir. L’explosion n’est pas moins sidérante. Êtes-vous un spectateur ou un acteur de cette crise ? L’ébullition est si forte que la frontière tend à s’effacer entre prendre acte et prendre parti, y compris pour l’adolescent que je suis. Vatican II se joue en parallèle de Mai 68. Les cénacles se multiplient et, avec eux, les revues qui, conservatrices ou réformistes, débordent de notre boîte aux lettres. Alors que le nom d’un certain Mgr Lefebvre commence à se répandre et va précipiter le ralliement des ultras à l’extrême droite, les feuilles intégristes n’entrent pas chez nous, tandis qu’une part de notre entourage, celle que forment les abonnés à Témoignage chrétien, migre vers la CFDT ou le PSU. Ces mouvements, qui viennent d’être fondés, proviennent de la doctrine sociale de l’Église dont ils se veulent la version sécularisée. Ce sont ainsi des catholiques, on ne s’en souvient guère aujourd’hui, qui vont fournir les bataillons de ce qu’on appellera la deuxième gauche. Cette polarisation au profit des idéologies alors dominantes ressort à mes yeux si étrange que j’y reste étranger. » Jean-Luc Marion, À vrai dire, une conversation avec Paul-François Paoli, 2021.