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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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La société polie, aristocratie réelle et donc intellectuelle, maintenait chez nous, aux siècles antérieurs, l’équilibre par le bon sens. Les salonnards, remplaçant la société polie, instaurèrent aussitôt le culte de deux fétiches aux ravages incalculables : l’homme dit « de génie » et « la foule ». Car la conception de l’homme de génie, telle qu’elle fut forgée par les salonnards, est une conception romantique, au même titre que celle de l’arbitrage et du jugement de la foule. On la trouve exposée tout au long par Victor Hugo, dans son William Shakespeare. Elle a donné naissance à Bonaparte, qui en fut le premier bénéficiaire, avant Chateaubriand et Hugo. Elle se résume assez aisément : l’homme de génie est celui qui, en plus de dons naturels, (quant à l’origine desquels on ne s’expliquera que plus tard), a tous les droits en bloc et aucun devoir. Il se reconnaît à ceci, qu’il porte en lui une grande vérité, laïque et terrestre, encore insoupçonnée des humains, et qui va être l’origine d’un progrès foudroyant. Pour Michelet, la « Bible de l’Humanité » est ainsi constituée par une série de révélateurs, d’entraîneurs de masses, s’avançant, du fond de cette ombre, qui est le passé, vers cette lumière, qui est l’avenir. Conception identique chez Quinet. Très voisine, avec quelques hésitations et repentirs sur le tard, chez Renan. L’idée foncière, rarement exprimée, mais généralement insinuée, c’est que l’homme de génie est un demi-Dieu, qui peut même remplacer Dieu, à un moment donné. De là, une nouvelle conception de l’autorité fondée sur le génie, et d’après laquelle, les peuples ne doivent s’incliner que devant lui. Hugo y ajouta la bonté ; mais c’est ce que Pascal appelait une fausse fenêtre pour la symétrie ; et d’ailleurs Hugo n’était pas bon et n’avait de goût que pour la bonté extraordinaire et spectaculaire, que pour la bonté en tant que ressort dramatique. Bonaparte, au milieu de son lac de sang et de ruines, mais auréolé du génie, correspond à la définition. C’est pourquoi le démocrate Hugo, qui détestait le neveu pour des motifs personnels (et d’ailleurs c’est un fait que Napoléon III manquait absolument de génie), ne cessa de magnifier l’oncle. Il a été le génie de la guerre alors que lui, Hugo, sera le génie de la paix et de la bonté. Ensuite il en viendra un autre, très exactement au XXe siècle, qui fera les États-Unis d’Europe, et décrétera la quiétude et la béatitude générales de l’humanité. Les « génialistes » actuels ne diffèrent de ceux de la génération précédente que sur ce point ; le prochain demi-Dieu ne sera pas un poète, ni un tribun. Ce sera un savant, un type dans le genre de Berthelot (un peu allongé) ou de Pasteur, un peu élargi. Quelques génialistes se risquent jusqu’à une précision. Il guérira toutes les maladies, en supprimant toutes les infirmités, vraisemblablement aussi en prolongeant la limite d’âge ; ou bien il inventera des machines à tuer, des explosifs d’une puissance telle que la guerre deviendra impraticable. Il nous restera, il est vrai, les embêtements et deuils courants de l’existence. Mais bah ! ce sera l’affaire d’un autre type d’homme de génie, d’un grand musicien, par exemple, qui noiera le tout dans des ondes harmoniques ou symphoniques. Un moment, on crut que la seringue Pravaz, suffisamment garnie de morphine, pourrait remplacer ce grand musicien. Par la suite, il fallut déchanter ; la morphine, bien et mal suprême, diable chimique, avait un envers qui tuait.