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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« — L'ennui, me dit-il, c'est que j'aime ma femme... Jamais je n'ai vu un homme à ce point enfermé dans sa passion. Il en faisait le tour en aveugle, à tâtons, se heurtant la tête, se déchirant les mains. « Cela passera », lui disais-je. C'est la phrase la plus bête du monde mais ce n'est pas la moins vraie. « Eh ! me répondait-il, je le voudrais bien, mais cela dure depuis quinze jours et ne resterons-nous pas enfermés ici tout l'hiver ? » On pouvait le craindre. Nous étions à Gressonei-Saint-Jean, un village des Alpes, près d'Aoste. Un village pas bien beau, grand comme un mouchoir, entouré de maussades montagnes pelées comme de vieux tapis de cirque mais où nous étions heureux encore de nous trouver à l'abri des bombardements dont étaient menacés Milan, Turin, Bologne. — Prisonnier ! me disait-il, je suis prisonnier ici comme je ne l'ai jamais été. Prisonnier de sa passion, mais prisonnier aussi des automobiles qu'on ne trouvait plus, des trains qui marchaient mal, des voyages qui devenaient de jour en jour plus difficiles. Je l'avais vu arriver trois semaines auparavant, avec sa femme, sa belle-sœur et quatre malles. Le soir, dans le salon de l'hôtel, il avait raconté son voyage. Ç'avait été une expédition ! Et avec sa belle-sœur enceinte. Impossible de recommencer ça. Pour aller où, du reste ? Et comment expliquer ce nouveau départ à ces deux femmes qui fixaient sur lui leur regard bleu, lucide, attentif ? — Pas de cinéma, pas de jeux, pas un endroit où aller. Pas un moyen d'échapper à cette obsession. Ai-je l'air si ouvert, si accueillant ? Je ne sais, mais on me fait volontiers des confidences. Il est vrai que celui-ci se serait bien confié à un arbre tant son secret le brûlait. Il y avait ce jour-là, malgré le soleil, un vent vif et piquant et des nuages inquiétants. Il eût été imprudent de s'éloigner et, comme nous, les autres clients de l'hôtel se contentaient d'arpenter la route, le long de la rivière. C'est ainsi qu'à deux ou trois reprises déjà, nous avions croisé une vieille dame avec sa fille, une grande fille aux cheveux châtains. C'était d'elle qu'il me parlait. » Félicien Marceau, En de secrètes noces, 1953.