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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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N’en parlez jamais ! « Il en a parlé ! Et en bien ! » Mais oui. Comme de l’affaire Dreyfus jadis, parler du capitalisme aujourd’hui sans le vomir, le vouer à une toute prochaine destruction, c’est pire qu’un crime, c’est la faute majeure, impardonnable, inexpiable. Et pourtant, cette faute, je vais la commettre de mon plein gré, sain de corps et d’esprit. Sans être manipulé par la CIA, en dépit de ce qu’affirmeront certainement de bons confrères dans le quotidien habituel des bien-pensants. Je persiste et signe ainsi mon arrêt de mort intellectuelle. Me voici condamné sans appel à la dégradation publique par tout ce qui écrit, radiote, télévise, discoure, chante, joue et pense ici et maintenant. Voire par les capitalistes eux-mêmes. S’ils défendent encore timidement les principes que représentent ce régime économique, voilà bien longtemps, en effet, qu’ils n’en prononcent plus le mot. En juin 1975 se tient à Madrid le 25e Congrès de la Chambre de commerce internationale, la plus grande organisation mondiale représentant l’entreprise privée. Venus de soixante-dix pays, quelque mille cinq cent délégués y participent. Thème du Congrès : « L’économie de marché ». Au bout de nombreuses heures de discussion un délégué allemand, M. Kruse, fait remarquer que, de tous les orateurs qui se sont succédé à la tribune, seul l’Anglais Edward Heath a osé prononcer le mot « capitalisme ». « Ce n’est pourtant pas un mot obscène », lance M. Kruse. Mais si ! Mais si ! Deux ans plus tard, Bernard Pivot réunit sur le plateau de son émission télévisée : « Apostrophes », quelques patrons d’entreprises de tailles variables. Il les interroge : « Etes-vous capitalistes ? » Stupeur sur tous les visages. Et chacun de se récrier avec des mines outragées. « Comment a-t-il osé prononcer cette obscénité ! » diront donc, unanimes, en un cri de réprobation, tous ceux qui comptent en ce pays et en quelques autres. « Comment », ce sera au lecteur de le dire. Je puis, je dois, en revanche, lui dire pourquoi. Quand le ridicule des propos tenus quotidiennement sur notre système économique, loin de tuer leurs auteurs, les font vivre et parfois grassement ; quand leurs excès ne garantissent plus leur insignifiance mais, au contraire, leur donnent toute leur importance ; quand l’ignorance tient lieu de certificat de compétence ; quand la plus vague teinture de marxisme permet à tout un chacun de se prendre et de passer pour un penseur... que reste-t-il donc à faire sinon à pousser un cri désespéré dans ce désert de sottises et de mensonges ? Maurice Roy, Vive le capitalisme !, 1977.