Son manque total de considération pour la philosophie académique et son mépris bien connu de l’institution philosophique lui valent la sympathie de ceux qui disent et répètent depuis des décennies que toutes les choses qui comptent réellement en philosophie ne peuvent se faire qu’en dehors d’elles et même directement contre elles. Sa façon de ridiculiser les prétentions de la philosophie réjouit le cœur de ceux qui y trouvent une confirmation de leur idée que les problèmes philosophiques sont probablement futiles ou que, pour autant qu’ils sont sérieux, la littérature est, à tout prendre, bien mieux armée pour les résoudre. Son antipathie pour la civilisation scientifique et technique (qui le rapproche de Heidegger), sa critique des prétentions et des illusions du scientisme et du rationalisme, son intérêt – qui, paraît-il, n’aurait été découvert que récemment – pour des questions « essentielles » comme celles qui touchent à la poésie, à l’art, à la religion et à l’éthique lui ont permis d’être réintégré avec les honneurs dans le camp des défenseurs des vraies valeurs, celui où l’on s’attend à trouver un authentique philosophe d’aujourd’hui. »
Jacques Bouveresse, Essais III, Wittgenstein et les sortilèges du langage.