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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« Le prestige dont jouit à présent un auteur comme Wittgenstein en France – dans le milieu philosophique et peut-être plus encore en dehors de lui – ressemble, par bien des côtés, à un véritable paradoxe. Parmi tous les grands philosophes contemporains, il y a en a peu qui aient été aussi abondamment traduits et commentés dans les dernières années. Et pourtant, sa position actuelle constitue probablement une illustration exemplaire d’un autre phénomène, qui a été signalé également par Musil en rapport avec sa propre situation, à savoir que l’on peut être un auteur célèbre et en même temps tout à fait inconnu. Wittgenstein a fini par devenir un philosophe à peu près aussi célèbre que Heidegger et il n’y a sans doute pas beaucoup de noms qui soient cités aujourd’hui aussi souvent, dans des contextes aussi différents et à propos de questions aussi variées, que le sien. Mais je ne crois pas me tromper en disant que sa philosophie reste néanmoins encore à peu près inconnue, pas seulement du grand public, ce qui n’a rien de très étonnant, tellement elle passe, à tort ou à raison, pour difficile et ésotérique, mais également de la plupart des philosophes de métier. Quant à l’image qu’en donnent habituellement les journaux, elle est celle d’un philosophe dont l’importance s’impose aujourd’hui d’une façon que personne ne peut plus discuter sérieusement, mais elle n’a que peu ou pas de rapport avec ce qu’il a pu faire lui-même en philosophie, un sujet dont on s’abstient généralement de parler de façon autre qu’approximative (pour utiliser à nouveau un euphémisme), allusive et évasive. Autrement dit, il est entré dans la liste des célébrités philosophiques, mais n’est pas vraiment sorti pour autant de celle des auteurs mineurs et marginaux, dont la philosophie est réputée avant tout pour ce qui la rend, comme on dit, « inclassable » et la distingue de tout ce à quoi on était habitué jusqu’à présent – ce qui n’empêche pas, malheureusement, son contenu réel et sa signification fondamentale de rester tout à fait mystérieux et la plupart du temps ignorés. On peut peut-être, comme l’a proposé Anscombe, distinguer deux espèces de philosophes, les « philosophes pour philosophes » et les « philosophes pour les gens ordinaires ». Wittgenstein est, d’après elle, le prototype du philosophe pour philosophes. Mais il y a maintenant un Wittgenstein pour tout le monde, qui est forcément le « vrai » et le plus important, même si ce n’est justement pas le philosophe, auquel ne peuvent s’intéresser que les universitaires et, plus précisément, une petite minorité de spécialistes. Le responsable du numéro du Magazine littéraire qui a été consacré à Wittgenstein en 1997 énumérait cinquante raisons de l’aimer, mais dont aucune n’a quelque chose à voir avec la contribution qu’il est censé avoir apportée à la philosophie. Celles qui ont un rapport avec la philosophie se bornent à reproduire, de façon plus ou moins exacte, certaines des déclarations les plus critiques et les plus négatives qu’il a formulées à propos de la discipline et de ceux qui l’enseignent. Ce genre de chose ne mériterait sans doute pas qu’on s’y arrête si les raisons que l’on trouve aujourd’hui un peu partout de célébrer Wittgenstein ne ressemblaient pas, dans l’ensemble, un peu trop à celles de l’article en question. Sa personnalité hors du commun, sa biographie fascinante, son mode de vie anticonformiste et ses comportements excentriques font le bonheur des amateurs d’histoires (vraies ou inventées) et d’anecdotes en tous genres. Son pessimisme sur le monde actuel et sur l’humanité en général fournit à certains moralistes (ou immoralistes) schopenhaueriens une occasion de le reconnaître comme un membre de leur famille, que la philosophie « universitaire » aurait simplement commis l’erreur de présenter jusqu’ici comme un logicien ou un philosophe des sciences.