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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« L’esthétisation, c’est aussi la décoration — ce qui s’ajoute à la « nature » : la mode, les vêtements et accessoires de la haute ou moyenne couture, mais aussi les produits de luxe déclinés en versions abordables ou que l’industrie de la grande consommation propose en versions « haut de gamme » (Nike, Reebok, Adidas, H&M, Zara, Diesel). De la même rubrique relèvent « la beauté du monde » et celle du quotidien — les gadgets et bibelots exotiques, les collections de papillons ou de scarabées, les objets achetés dans les boutiques d’aéroport (masques, serrures, poteries), bijoux et meubles en provenance d’autres aires culturelles et, bien sûr, le kitsch décoratif ou vintage. L’architecture et le design occupent la place la plus importante dans l’hyper-esthétisation du cadre de vie. Au XXe siècle, dans les années 1920 et 1930, de grands projets d’esthétisation de la vie furent développés. On cite toujours le Bauhaus qui en fut la manifestation la plus convenable, mais le fascisme mussolinien, le communisme stalinien, le national-socialisme hitlérien et le mouvement moderniste en général eurent des projets comparables. Les arts qui devaient accompagner la transformation de la société, c’étaient l’architecture et le design. Il en résulta un style moderniste ou « style international » qui régna jusqu’à l’arrivée dérangeante et vulgaire de la culture pop et de la société de consommation dans les années 1960. De très longue date, architecture et design ont été rassemblés sous les mêmes termes anglais de « design » et allemand de « Gestaltung » qui disent leur parenté d’activités à projet. L’architecture a vu sa place changer et le design s’est autonomisé. La planification urbaine et l’urbanisme ont échappé aux architectes comme aux hommes politiques au profit des « aménageurs » qui répondent vaille que vaille aux demandes contradictoires des multiples parties prenantes. La « grande » architecture est revenue, elle, à la monumentalité, à l’esthétique et au symbolisme spectaculaires en se mettant au service de l’identité politique, touristique ou entrepreneuriale de ses commanditaires. Le design a pris de plus en plus de place, devenant le moteur de l’hyper-esthétisation. Il s’impose pour l’équipement et la décoration des espaces privés et publics : locaux commerciaux, galeries marchandes, boutiques, espaces et parcs de loisirs, lieux de travail (bureaux, open spaces, front office et locaux d’accueil du public), lieux de circulation (gares, aéroports, hôtels, musées). Même les espaces naturels sont « designés » : parcs et jardins et même réserves naturelles. Les espaces abandonnés comme les décharges, les carrières et gravières, les friches industrielles, les usines abandonnées, les villes sinistrées par la crise économique sont re-designés. E. H. Gombrich a consacré un grand livre aux arts décoratifs et au design, The Sense of Order, dont il dit qu’il fut tenté de lui donner pour titre « l’art auquel on ne fait pas attention » (the unregarded art). Beaucoup plus que par l’art, notre vie reçoit sa tonalité de l’architecture et du design. La plupart du temps nous ne nous en apercevons pas ou à peine, de même que nous ne faisons pas attention au détail des aménagements architecturaux (poignées de portes, serrures, éclairages, prises électriques), sauf lorsqu’ils sont sortis de leur cadre à l’occasion d’une exposition ou tellement ratés qu’ils en deviennent ridiculement visibles.