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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« De tout temps, partout dans le monde, ont vécu sur terre des hommes de grandeur et de gloire, qui ne cherchèrent pas le prestige à travers des actes prodigieux uniques en leur genre ou en écrivant des épopées et des livres. L’influence de ces esprits sur des peuples et des époques fut immense : tout le monde les connaissait et parlait d’eux avec enthousiasme, et on désirait en savoir plus à leur sujet ; c’est ainsi que leur nom et un récit de leur histoire se mettaient à circuler sur toutes les lèvres, et jamais ils ne furent oubliés, même au long des siècles et en dépit du changement et du tourbillon des époques. En effet, des hommes de cette trempe n’exercèrent pas leur influence à travers des œuvres singulières éparses ou encore des discours et des arts, mais uniquement parce que leur vie paraissait née d’un unique esprit, un esprit grand et unifié, et qu’elle exhibait au regard de tous une image et un exemple d’une clarté divine. Sans avoir accompli la moindre grande œuvre extérieure, ces hommes exemplaires se sont imposés, du seul fait de leur vie, comme des maîtres et des vainqueurs inoubliables des cœurs en menant toute leur vie à partir d’un seul et même esprit supérieur ; ils sont exactement comme le maître d’œuvre ou l’artiste qui mène à bonne fin, sans faiblesse, la construction d’une cathédrale ou d’un palais à partir d’idées et de plans clairs et vivants, et non pas à sa guise ou au gré de son humeur. Ils furent toujours des âmes de feu et de caractère que consumait une soif puissante d’infini et d’éternité, des âmes qui ne s’accordaient ni repos ni douceur avant d’avoir reconnu, loin des mœurs et des modes de leur temps et de leurs contemporains, une loi éternelle selon laquelle ils guidaient sur l’heure leurs actions et leurs attentes. C’étaient des poètes, des saints, des thaumaturges, des sages ou des artistes, chacun dans son genre et selon ses talents particuliers – mais tous étaient configurés de façon telle qu’en dépit de la brièveté et de la fragilité de la vie sur terre ils contemplaient une image de l’éternel et du subsistant et, habités d’un désir ardent et d’une passion défiant la mort, aspiraient à unir dans leur cœur le ciel et la terre et à enflammer ce qui est terrestre et mortel avec la braise de la vie éternelle. Leur vie était de la sorte libérée des chaînes mortelles du temps et de ses dégradations, et désormais, dépouillée de toutes les contingences et de toutes les enveloppes terrestres, et elle est offerte comme un miracle devant la mémoire des hommes. Toute vie d’un grand homme menée selon ce modèle n’est rien d’autre qu’un retour au début de la Création et une salutation ardente venue du paradis de Dieu. Car ces grands rêveurs et ces âmes de héros ont toujours refusé de boire dans des eaux troubles ; ils ne se sont jamais satisfaits de fictions et ne se sont jamais contentés d’un nom à la place de l’être ni d’une image à la place du réel : au contraire, un besoin intérieur jamais rassasié les poussait à revenir aux sources primordiales, aux sources pures de toute force et de toute vie ; ils traitaient les âmes mystérieuses de la terre, des plantes et des bêtes comme des semblables et des âmes étroitement apparentées à eux, et dans leurs détresses et leurs interrogations intérieures ils désiraient parler à Dieu lui-même directement… sans passer par des images, des symboles ou des ombres vides. Et de la sorte ils ont rapproché de Dieu tous les autres hommes, ils ont redonné de la valeur et du prix au mystère de la Création en l’interprétant selon de saintes intuitions. Ils n’ont cessé de redécouvrir l’être et la loi de l’homme intérieur en se présentant pour ainsi dire nus face à la terre et au ciel, et comme s’ils étaient les premiers hommes, alors que nous autres sommes persuadés de ne pouvoir vivre ailleurs que dans le cocon d’idées assurées et d’habitudes héritées. » Hermann Hesse, François d'Assise. Traduit de l'allemand par Jean-Louis Schlegel.