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Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« Les studios de Radio-300 étaient installés au 96e étage de la Ville Radieuse, une des quatre Villes Hautes construites par Le Cornemusier pour décongestionner Paris. La Ville Radieuse se dressait sur l'emplacement de l'ancien quartier du Haut-Vaugirard, la Ville Rouge sur l'ancien Bois de Boulogne, la Ville Azur sur l'ancien Bois de Vincennes, et la Ville d'Or sur la Butte-Montmartre. Des bâtiments qui couvraient jadis celle-ci, seul avait été conservé le Sacré-Cœur, ce spécimen si remarquable de l'architecture du début du XXe siècle, chef-d'œuvre d'originalité et de bon goût. Délicatement et respectueusement cueilli, il s'était trouvé transporté, tout entier, dans un petit coin de la terrasse du gratte-ciel. Juché au bord de l'abîme, il dominait la capitale de plus d'un demi-kilomètre. Les avions bourdonnaient autour de ses coupoles, atterrissaient à ses pieds. Le premier et le dernier rayon du soleil doraient ses pierres grises. Souvent, des nuages estompaient ses formes, le séparaient de la terre et l'isolaient en plein ciel, sa vraie patrie. Il paraissait d'autant plus beau que les brumes le dissimulaient davantage. Quelques érudits, amoureux du vieux Paris, se sont penchés sur les souvenirs du Montmartre disparu, et nous ont dit ce qu'était cet étrange quartier de la capitale. A l'endroit même où devait plus tard s'élancer vers le zénith la masse dorée de la Ville Haute, un entassement de taudis abritait autrefois une bien pittoresque population. Ce quartier sale, malsain, surpeuplé, se trouvait être, paradoxalement, le « lieu artistique » par excellence de l'Occident. Les jeunes gens qui, à Valladolid, Munich, Gênes ou Savigny-sur-Braye, sentaient s'éveiller en eux la passion des Beaux-Arts savaient qu'il se trouvait une seule ville au monde et, dans cette ville, un seul quartier – Montmartre – où ils eussent quelque chance de voir s'épanouir leur talent. Ils y accouraient, sacrifiaient considération, confort, à l'amour de la glaise ou de la couleur. Ils vivaient dans des ateliers, sortes de remises ou de greniers dont les vitres fêlées remplaçaient un mur, parfois le plafond. Autour d'eux s'amoncelaient tableaux inachevés, toiles déchirées, tubes vides, papiers froissés, lambeaux de vêtements, et toutes sortes de débris. Ces malheureux artistes ne s'arrachaient au désordre et à la crasse de leurs logis que pour se précipiter dans des débits de boissons. La faim, l'alcool entretenaient en eux le délire artistique. Dans les cafés, dans les rues encaissées où régnaient des odeurs moyenâgeuses, ils côtoyaient les malfaiteurs et les femmes de mauvaise vie qui constituaient l'autre moitié de la population de Montmartre. Graines mêlées au fumier, la plupart d'entre eux pourrissaient, mais quelques-uns semblaient tirer de l'infection un aliment fabuleux, et fleurissaient en des chefs-d'œuvre que les collectionneurs venaient cueillir au bout de leurs carnets de chèques. Ce vieux quartier fut rasé. Un peuple d'architectes et de compagnons édifia la Ville d'Or. Dans le même temps, un gouvernement ami de l'Art et de l'ordre donnait un statut aux artistes si longtemps abandonnés à l'anarchie. » René Barjavel, Ravage, 1943.