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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« Quand je suis entré en sixième au petit lycée Condorcet, notre vieux professeur de latin-français, qui était aussi maire de son village en Bretagne, nous demandait à chaque texte de notre anthologie : « Comment comprenez-vous ce passage ? Qu’est-ce que l’auteur a voulu nous dire ? Quelles sont les beautés du vers ou de la prose ? En quoi la vision de l’écrivain est-elle originale ? Quelle leçon pouvons-nous en retenir ? » On a pu croire un temps que la théorie littéraire avait balayé pour de bon ces questions lancinantes. Mais les réponses passent et les questions restent. Celles-ci sont toujours à peu près les mêmes. Il y en a quelques-unes qui ne cessent de revenir génération après génération. Elles se posaient avant la théorie, elles se posaient déjà avant l’histoire littéraire, et elle se posent encore après la théorie, quasiment à l’identique. Au point qu’on se demande s’il existe une histoire de la critique littéraire, comme il existe une histoire de la philosophie ou de la linguistique, ponctuée d’inventions de concepts, comme le cogito ou le complément. En critique, les paradigmes ne meurent jamais, ils s’ajoutent les uns aux autres, ils coexistent plus ou moins pacifiquement, et ils jouent indéfiniment sur les mêmes notions – des notions qui appartiennent au langage populaire. C’est là l’un des motifs, peut-être le motif principal, du sentiment de ressassement qu’on éprouve immanquablement devant un tableau historique de la critique littéraire : rien de nouveau sous le soleil. En théorie, on passe son temps à essayer de nettoyer des termes d’usage courant : littérature, auteur, intention, sens, interprétation, représentation, contenu, fond, valeur, originalité, histoire, influence, période, style, etc. C’est aussi ce qu’on a fait longtemps en logique : on retranchait du langage ordinaire une région linguistique douée de vérité. Mais la logique s’est ensuite formalisée. La théorie littéraire n’a pas réussi à se débarrasser du langage ordinaire sur la littérature, celui des liseurs et des amateurs. Aussi, quand la théorie s’éloigne, les vieilles notions resurgissent, indemnes. Est-ce parce qu’elles sont « naturelles » ou « sensées » que nous n’y échappons jamais pour de bon ? Ou, comme le croit de Man, parce que nous ne demandons qu’à résister à la théorie, parce que la théorie fait mal, heurte nos illusions sur la langue et la subjectivité ? On dirait qu’aujourd’hui presque plus personne n’a senti passer le vent de l’aile de la théorie, ce qui est sans doute plus confortable.