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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« Il la tenait sur ses genoux et, penché, baisait son genou nacré et nu, embrassait sa poitrine découverte, et se taisait. Il n’arrivait pas à oublier ce qu’il avait éprouvé pendant l’examen, et ne pouvait avouer que ces sentiments ne l’avaient pas encore abandonné et, à chaque instant, renaissaient avec plus ou moins de force. Katia, de son côté, devinait ses sentiments secrets, et une fois, au cours d’une dispute, elle s’écria : — Je ne comprends pas pourquoi tu m’aimes, puisque tu trouves que tout est si mauvais en moi ! Enfin, que veux-tu de moi ? Mais lui-même ne comprenait pourquoi il l’aimait, bien qu’il sentît que son amour, loin de diminuer, augmentait en même temps que cette lutte jalouse qu’il soutenait contre quelqu’un (n’était-ce pas avant tout contre Katia elle-même ?) à cause d’elle, à cause de cet amour, à cause de sa force toujours plus tendue, de son exigence toujours plus profonde. — Tu n’aimes que mon corps, et non mon âme ! lui avait dit une fois Katia avec amertume. C’était encore des paroles empruntées, théâtrales, mais malgré toute leur niaiserie et leur banalité, elles aussi touchaient à un problème douloureusement insoluble. Il ne savait pas pourquoi il aimait, il ne pouvait dire exactement ce qu’il voulait … En général, qu’était-ce qu’aimer ? Il était d’autant plus impossible de répondre à cette question que dans tout ce que Mitia avait entendu dire de l’amour, pas plus que dans tout ce qu’il avait lu à ce sujet, il n’avait trouvé un seul mot qui le caractérisât exactement. Dans les livres comme dans la vie, on eût dit que tous s’étaient entendus, une fois pour toutes, pour ne parler que d’une sorte d’amour presque immatériel, ou bien de ce que l’on appelle la passion, la sensualité. Or, son amour ne ressemblait ni à l’un ni à l’autre, de même que Katia ne ressemblait pas plus à Charlotte, à Marguerite, à la Tatiana de Pouchkine, aux héroïnes de Tourguenev qu’aux femmes de Zola ou de Maupassant, de même que ses sentiments à lui ne ressemblaient ni à ceux de Werther, de Roméo, d’Onéguine, ni à ceux des innombrables héros qui n’étaient que des séducteurs. » Ivan Bounine, Le Sacrement de l'amour. Traduit du russe par Michel Dumesnil De Gramont