Обложка канала

Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

Читаю вещи

4 года назад
Открыть в
« Le présent ouvrage est d’ordre philosophique et scientifique. Il se tient rigoureusement dans le domaine de l’expérience, de l’analyse des faits et des opérations que tout un chacun peut accomplir ou répéter par lui-même. Comparés à la puissance de la technique contemporaine, les énoncés métaphysiques ont une force de persuasion très limitée et, surtout, ne sont guère capables de constituer des motifs ou de déterminer les actions des hommes réels. Face à l’étendue du savoir factuel accessible, bien souvent rétif à toute systématisation cohérente, les propositions coupées du réel, formulées comme des vérités abstraites, peinent à s’imposer. Elles suscitent inévitablement la question des expériences qu’elles ont traversées, c’est-à-dire la question de leurs limites, mais aussi la question du contexte traditionnel ou politique à l’intérieur duquel elles font sens. La science empirico-analytique présente l’avantage de pouvoir s’appuyer sur une attitude de la conscience qui, aujourd’hui encore, paraît évidente et autosuffisante, mais elle paie cet avantage avec cette caractéristique que ses énoncés sont fragmentaires. Nos investigations privilégient, elles aussi, une facette, voire plusieurs facettes, elles sont donc réceptives aux critiques ou, mieux, aux suggestions complémentaires. En tout cas, il est évident pour nous que pour voir les faits que nous décrivons ici, il faut s’abstenir, pour ainsi dire techniquement, de toute métaphysique. Aujourd’hui encore, l’homme constitue un domaine de recherche où l’on peut constater un nombre encore indéterminé de phénomènes en attente d’être portés au regard et d’être nommés. C’est le thème de l’« esprit » (Geist) qui suscite des prises de position métaphysiques. Les problèmes qui se pressent alors sont tellement complexes, stratifiés, difficiles que toute formule simplificatrice paraît naïve. Qui pourrait être persuadé par des thèses globales sur l’esprit ignorant, par exemple, le problème de l’idéologie ou le problème du relativisme ? Le présent ouvrage ne rencontre pas directement ces grandes questions sur son chemin ; les mettre entre parenthèses signifie aussi, positivement, les réserver pour une enquête ultérieure. La dernière partie de cet ouvrage exposera cependant ces questions fondamentales, si tant est que je sois en mesure d’en donner une vue d'ensemble. » Arnold Gehlen, L'Homme : sa nature et sa position dans le monde, 1940. Traduit de l'allemand par Christian Sommer.