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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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Il n’y a entre l’œuvre de Stendhal et sa vie que l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes. Personne n’a été plus sainte-beuvien que lui. Et en même temps, il s’est longtemps caché d’écrire. Blaise Cendrars, dans les tranchées de la Grande Guerre, détestait qu’on lui parle de poésie. Jusqu’à la fin des années 1820, très peu de ceux qui ont connu Henri Beyle ont su qu’il écrivait. Ses tout premiers livres paraissent sous diverses initiales. Il s’invente un premier pseudonyme avant d’adopter celui qu’on lui connaît. Rien ne l’a plus amusé que l’étonnement de ceux qui le découvraient écrivain. Il se méfiait instinctivement des traces écrites. Elles étaient à ses yeux toujours dangereuses et compromettantes, le signe de la méchanceté des hommes. Dans ses romans (La Chartreuse de Parme, Le Rouge et le Noir), les lettres de dénonciation bouleversent à jamais le destin de ses personnages. Il craignait tant la police qu’il chiffrait ses propres lettres ou les faisait commencer par d’assez cocasses indications de commerce : « J’ai reçu vos soies grège et je les ai emmagasinées en attendant leur embarquement » ! Il aimait aussi tromper les autres sur lui-même. De son vivant, personne n’a su exactement quels gens il voyait, quels livres il lisait, quels voyages il faisait. Il se dérobait d’instinct, usait sans cesse de diminutifs, d’acronymes, d’anagrammes, changeait de langue et de nom au point d’en avoir adopté plus de deux cents : Dominique, Mocenigo, Bombet, Cotonet, Esprit, William Crocodile, Choppier des Ilets, le comte de l’Espine, F. de Lagenevais et bien sûr Stendhal, dont il fait son nom de plume en 1817. Tous sont le même Henri Beyle multiplié à l’infini comme le serait l’image déformée d’Orson Welles dans la grande scène finale des miroirs de La Dame de Shanghai. La police de Fouché, le très efficace ministre de Napoléon, n’explique pas tout. Stendhal s’amuse. Il s’invente en facétieux, par jeu, par moquerie peut-être, par pudeur certainement. « Comment m’amuserai-je quand je serai vieux, si je laisse mourir la bougie qui éclaire la lanterne magique ? » Emmanuel de Waresquiel, J'ai tant vu le soleil. Pour Stendhal, 2020.