« Dans l’histoire de l’humanité, Pavel Florenski appartient à la pléiade de ces esprits universels, au cercle des savants et des encyclopédistes. En Italie, il est le « Léonard de Vinci russe », en France le « Pascal russe ». On pourrait ajouter le « Lomonosov des temps modernes ». Mais il vécut à l’époque la plus tragique de l’histoire de sa patrie. Il est impossible d’énumérer tous les domaines auxquels il a apporté sa contribution, reprise et poursuivie par beaucoup d’autres. Si l’on peut dire qu’« en Russie, un poète est plus qu’un poète », la formule peut également s’appliquer au scientifique, au penseur, et à plus forte raison au prêtre. Pavel Florenski en est la preuve. Son itinéraire est une paraphrase personnelle de l’époque, et son destin est un symbole du temps qu’il a traversé aux côtés de son peuple. Il a résisté malgré des épreuves cruelles, et avait foi en l’avenir, si bien qu’il nous reste encore à apprécier à sa juste valeur et à nous approprier le trésor inépuisé de ses travaux. Florenski lui-même avait prédit que l’utilité de ses travaux ne serait manifeste que dans cinquante ans, et que l’histoire de la pensée se développerait dans le sillage de son œuvre, qu’il s’agisse de la philosophie, de l’histoire de l’art ou de la théologie.
La diversité de ses intérêts ou, comme il est d’usage de dire dans la tradition des éditeurs de l’Encyclopédie et des précurseurs de la Révolution française, l’esprit encyclopédique de Florenski, la liste des domaines scientifiques et culturels où il a œuvré, masquent l’essentiel : il était prêtre, et la destinée l’a fait martyr. Cela veut dire beaucoup : un prêtre, celui qui officie devant l’autel, un théologien par la pensée. Pour étudier attentivement ses travaux, il faut comprendre que le plus important y est la théologie, le discours sur Dieu. Or, son discours sur le Verbe est très spécifique. D’une part, en vertu de ses qualités, très difficiles à analyser ; d’autre part, à cause des particularités de l’époque où il a discouru sur Dieu, où il a théologisé. »
Pavel Vassilievitch Florenski, Pavel Florenski : la vie comme symbole. Traduit du russe par Laure Thibonnier-Limpek.