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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« – Votre père était-il allemand ? – Oh oui ! très... très prussien. Il se sentait totalement allemand et rien d’autre. Ses parents et ses grands-parents, dont des portraits ornaient les murs, à la maison, et dont la perte m’a beaucoup peiné, étaient également allemands, mais d’une région située encore un peu plus à l’est, cependant. Les parents de ma mère aussi étaient allemands, mais ils se souvenaient encore de la façon dont leurs propres parents avaient vécu en Pologne. – La vie culturelle de Breslau était-elle active, était-ce une ville vivante ? – Une ville vivante ? Certainement. La vie culturelle y était très active, mais je la connaissais surtout à travers la bonne société juive. Je veux dire par là que les juifs constituaient une couche autonome et structurée de la bourgeoisie où, l’hiver, on allait tout naturellement à ce que l’on appelait les ‹ concerts d’orchestre ›. Ma mère s’y abonnait chaque hiver ; elle allait aussi au théâtre Lobe. C’étaient des choses que l’on se devait de faire. Pour ce qui me concerne, cependant, je devais n’avoir qu’une seule idée : sortir de là aussi vite que possible. – Pourquoi ? – Je... je n’arrive pas vraiment à m’en souvenir. Avec mon vocabulaire d’aujourd’hui, je dirais que je trouvais l’ambiance trop bourgeoise ; mais je n’aurais pas dit cela ainsi, à cette époque. Voyez-vous, ma mère avait son cercle d’amies, toutes issues du même milieu, qui venaient chaque semaine. Beaucoup d’entre elles étaient plus riches que nous. Et puis, il y avait mes tantes – ce n’était pas ma tasse de thé. Mais je n’aurais pas utilisé le terme « bourgeois », car je n’avais pas d’opinions politiques. – Le terme « bourgeois » peut également avoir une signification émotionnelle. Cet univers était-il trop étriqué pour vous ? – J’ai vaguement le sentiment qu’il était inférieur à mon niveau, à mon niveau intellectuel. – Quand ce sentiment s’est-il développé chez vous ? – Cela a dû se produire très tôt. Je crois que je me suis rendu compte très tôt que les choses que racontaient mes tantes n’étaient qu’un vulgaire bavardage. – Et les amis de votre père ? – Mon père n’avait pas d’amis. Il se réalisait avant tout dans son travail. A cinquante ans, il abandonna les affaires ; il avait assez d’argent et se consacra par la suite à des fonctions honorifiques. Je ne lui ai connu qu’un seul ami, un avocat. Toutes les relations sociales passaient par ma mère. – Était-il trop occupé pour cela ? – Je crois qu’il avait aussi atteint un haut degré de sublimation, de sublimation dans le travail. Et lorsqu’il se retira des affaires, il avait encore des immeubles à gérer, en dehors de ses activités honorifiques. C’était très important pour lui, et sa famille aussi, bien sûr, ma mère et moi. » Norbert Elias par lui-même, 1990. Traduit de l'allemand par Jean-Claude Capèle.