Encore faut-il, pour engager cette même histoire, faire taire nos propres points de repère : reconnaître une propreté dans des conduites aujourd’hui oubliées. La toilette « sèche » du courtisan par exemple, frottant son visage avec un linge blanc au lieu de le laver, répond à une norme de netteté tout à fait « raisonnée » au XVIIe siècle. Elle est réfléchie, légitimée. Alors qu’elle n’aurait guère de sens aujourd’hui : sensations et explications ont changé. C’est cette sensibilité perdue qui est à retrouver.
Encore faut-il aussi bouleverser la hiérarchie des catégories de référence : ce ne sont pas les hygiénistes, par exemple, qui dictent les critères de propreté au XVIIe siècle, mais les auteurs des livres de bienséance ; les praticiens des mœurs, et non les savants. A la lente accumulation des contraintes s’associe le déplacement des savoirs dont elles relèvent. »
Georges Vigarello, Le propre et le sale. L'hygiène du corps depuis le Moyen Âge, 1985.