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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« C’est en retraçant les actes familiers de Don Carlos, mystérieusement enlevé par quelques sbires masqués, que le Roman comique (1651) évoque une scène de toilette. Le prisonnier est noble, le cadre est somptueux. Scarron décrit les gestes et les objets : la diligence du service bien sûr, le faste de certains détails aussi, le chandelier de vermeil ciselé par exemple, mais encore les marques de propreté. Or, celles-ci débordent de sens : elles sont à la fois proches et totalement distantes des nôtres. Elles pourraient ressembler à certaines pratiques d’aujourd’hui et elles en sont pourtant très éloignées. L’intérêt de Scarron se polarise sur des indices devenus aujourd’hui accessoires, et il glisse sur d’autres devenus au contraire essentiels. Des « manques » surtout ou des « imprécisions » comme si nos comportements les plus quotidiens étaient encore à inventer, alors qu’ils ont pourtant ici quelques-uns de leurs équivalents. En particulier, le seul geste d’ablution cité est très concis : « J’oubliais à vous dire que je crois qu’il se lava la bouche, car j’ai su qu’il avait grand soin de ses dents […]. » L’attention à la propreté est centrée plus explicitement sur le linge de corps et sur l’habit : « Le nain masqué se présenta pour le servir et lui fit prendre le plus beau linge du monde, le mieux blanchi et le plus parfumé. » Aucune évocation de l’eau dans l’ensemble de ces scènes, sinon de l’eau qui lave la bouche. L’attention à la propreté est faite pour le regard et l’odorat. Elle existe, quoi qu’il en soit, avec ses exigences, ses répétitions, ses repères, mais elle flatte d’abord l’apparence. La norme se dit et se montre. La différence avec aujourd’hui, toutefois, est qu’avant de se référer à la peau, elle se réfère au linge : l’objet le plus immédiatement visible. Cet exemple montre, à lui seul, qu’il est inutile de dénier l’existence des pratiques de propreté dans une culture pré-scientifique. Les normes, dans ce cas, ne sont pas issues d’un « point zéro ». Elles ont leurs ancrages et leurs objets. C’est leur changement à venir ou leur complexification qui sont plutôt à découvrir ; c’est surtout leurs lieux de manifestation et leurs modes de transformation. Une histoire de la propreté doit donc d’abord illustrer comment s’additionnent lentement des exigences. Elle juxtapose des contraintes. Elle restitue un itinéraire dont la scène de Don Carlos ne serait qu’un des jalons. D’autres scènes, dans le temps, l’ont évidemment précédée, plus frustes encore, où le changement de chemise lui-même, par exemple, n’avait pas la même importance. Le linge, en particulier, n’est pas un objet d’attention fréquente, ni même un critère de distinction, dans les scènes de réceptions royales décrites deux siècles auparavant par le roman de Jehan de Paris. La propreté reflète ici le processus de civilisation façonnant graduellement les sensations corporelles, aiguisant leur affinement, déliant leur subtilité. Cette histoire est celle du polissage de la conduite, celle aussi d’un accroissement de l’espace privé ou de l’autocontrainte : soins de soi à soi, travail toujours plus serré entre l’intime et le social. Plus globalement, cette histoire est celle du poids progressif de la culture sur le monde des sensations immédiates. Elle traduit l’extension de leur spectre. Une propreté définie par l’ablution régulière du corps suppose, tout banalement, une plus grande différenciation perceptive et une plus grande autocontrainte qu’une propreté essentiellement définie par le changement et la blancheur du linge.