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Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« Considérons dans un premier temps la construction d’environnements comme une variante de la construction de possibilités. L’architecture appose son sceau sur les conditions de vie des humains et pèse par ses choix sur la façon dont l’environnement les influence de manière générale. Environnements, possibilités de vie et modes de vie dépendent les uns des autres. Les systèmes biologiques se configurent en fonction d’un environnement et influencent à leur tour celui-ci par les échelles d’interaction qu’ils produisent. La forme, le mouvement et la transformation d’organismes sont conditionnés par leur environnement, mais dans le même temps ces conditions se transforment aussi par automodelage. Cette interdépendance donne forme à des sphères d’action. En raison de leur architecture hétérogène, règnent à l’intérieur de ces sphères des lois spécifiques qui peuvent fortement diverger les unes des autres : ainsi, dans une première sphère, la pesanteur et la surface de la Terre sont décisives. Celles-ci marquent par exemple la taille et la silhouette humaines. Le dytique vit dans une deuxième sphère physique, complètement différente : il peut marcher sur l’eau. La tension de la surface de l’eau marque ici une dangereuse frontière vitale ; elle est dans le même temps une source de mouvement. Dans une troisième sphère, la grandeur et la forme d’un bacille créent un monde situé au-delà du poids : il utilise la viscosité du médium dans lequel il se trouve. Il se tient dans l’air, il plane à travers l’eau. Dans une quatrième sphère, simulée sur quelques champs physiques expérimentaux, même la flèche temporelle ne joue plus de rôle, car elle peut être inversée. Les lois physiques sont par conséquent locales, liées à l’architecture de chaque type de sphères. Si les sphères d’action doivent être mises en relation avec des architectures, alors il s’agit d’analyser la dépendance réciproque de l’environnement et de l’espace d’action sous l’angle de leur émergence et de leurs facteurs de mise en forme. Nous ne sommes pas seulement des produits de l’environnement ou du milieu dans lequel nous vivons, nous transformons aussi le climat dont nous dépendons. Parce qu’il ne s’agit donc pas de globes fermés, mais de zones d’action oscillantes, en transformation dynamique, je désignerai ci-dessous par le terme de climat l’ensemble des conditions de vie. Beaucoup de travaux phénoménologiques montrent que les frontières de nos sensations et de nos expressions humaines sont marquées par l’horizon du monde quotidien. Ils soulignent que cet horizon ne peut se déployer que par nos bâtiments et notre langage. Nos possibilités de désigner, d’ébaucher et d’éprouver dépendent d’un monde de la vie qui a de l’avance sur nous, qui fait apparaître les choses et dans lequel nous nous développons dans le dialogue avec d’autres. Ce monde de la vie demeure fragile et dynamique. Qu’il se stabilise par endroits et puisse fournir les fondements d’une vie réussie dépend là encore du climat auquel nous sommes livrés et qu’en même temps nous produisons. L’espace construit structure et modèle le monde dans lequel nous vivons. » Ludger Schwarte, Philosophie de l'architecture, 2018. Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni.