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4 года назад
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476 : la fin de Rome ? La fin de l'Empire romain et de sa civilisation fascine l'Europe contemporaine, qu'il s'agisse de l'Europe "fin de siècle" avec Nietzsche ou de celles des crises consécutives à la Grande Guerre avec le succès que Le Déclin de l'Occident d'Oswald Spengler doit aussi à son titre fracassant. La fin des grands empires et des grandes civilisations est "d'actualité" à l'approche du IIIe millénaire, avec la hantise d'une crise grave. On en retrouve l'écho dans les publications savantes : c'est là une tradition puisque, depuis l'humanisme, l'Occident a fait son deuil de l'Empire romain en dissertant sur les causes de sa disparition. Parmi les ouvrages qui ont dominé le débat sur la fin, la « décadence » ou le « déclin » de l'Empire, on trouve à côté des « classiques » (Montesquieu, Edward Gibbon et Max Weber) des auteurs comme Georges Sorel et Otto Seeck. Rares sont ceux qui restreignent le problème de la fin, comme il se devrait, à l'empire d'Occident ou qui se souviennent au moins de l'empire d'Orient (qui perdure jusqu'en 1453) et de son rôle considérable, tel Walter Kaegi Jr. Alexandre Demandt, qui a consacré en 1984 une grande synthèse à l'écho que la « chute de Rome » a trouvé dans le jugement de la postérité, donne une liste de deux cent dix facteurs censés expliquer le déclin de l'Empire romain : de l'Aberglaube (« superstition ») au Zweifrontenkrieg (la « guerre sur deux fronts », cauchemar politico-militaire des Allemands du XXe siècle, ici appliqué aux attaques simultanées des Sassanides et des Germains contre l'Empire romain), en passant par l'« apathie », l'« hédonisme », l'« inflation », le « nivellement culturel », « la prostitution », les « épidémies », le « totalitarisme ». Il n'y manque ni la « dégénérescence des races », ni le terme tout récent et d'actualité en Allemagne de Staatsverdrossenheit (lassitude au sujet de tout ce qui regarde l'État et ses représentants). Depuis, on a prétendu avoir enfin trouvé l'explication « scientifique » de la fin de l'Antiquité : la chute d'un météore géant, en 534 ou 535... La « fin de Rome », qu'elle procure un frisson ou serve d'avertissement pour condamner tous les maux présents ou à venir qui menacent une société, est un thème par essence populaire. Mais cette fin spectaculaire de l'Empire a-t-elle eu lieu ? Encore faut-il distinguer deux variantes de cette « fin », qui ne s'excluent pas nécessairement l'une l'autre : celle de la mort subite, par une « invasion des Barbares » foudroyante ; celle de la décadence lente, inéluctable, d'une civilisation « épuisée », ne croyant plus en ses propres valeurs. La seconde hypothèse permet d'admettre des changements sur des plans différents à des époques différentes, comme la victoire du christianisme ou la montée de nouvelles élites issues du monde barbare. André Piganiol, qui a nié la décadence de l'Empire romain en apportant des preuves de sa vitalité aux IIIe et IVe siècles, lui a opposé sa conviction : « La civilisation ancienne n'est pas morte de sa belle mort, elle a été assassinée » (par les Barbares, bien entendu). C'est cette supposée fin dramatique, haute en couleur, qui a passionné les gens à travers les siècles. On l'a imaginée comme une suite de chocs terribles, annonçant ou parachevant la ruine de l'Empire, à savoir : - le sac de Rome, en 410, par les Wisigoths d'Alaric ; - le sac de Rome, du 2 au 17 juin 455, par les Vandales ; - la « fin de l'Empire romain » proprement dite, en 476, avec la déposition, par le roi Odoacre, de l'empereur Romulus Augustule. Le premier de ces chocs est devenu le symbole de la « destruction de Rome par les Goths », événement limité à la ville phare de l'Empire. Les humanistes ont fait l'amalgame entre les Wisigoths de 410 et l'Ostrogoth Théodoric, le successeur du roi Odoacre, lui-même faussement désigné comme Goth par un contemporain. Ils en ont tiré l'idée que la « fin de Rome », en proie aux destructions et à un bain de sang, fut causée par un peuple qui leur inspira la désignation de l'âge qui a suivi comme « gothique ».