« 48. Ajoutez encore l’enveloppement et le style : l’enveloppement des vérités abstraites, lorsqu’il faut que l’esprit s’y arrête, dans des allégories et des faits isolés et instructifs racontés comme réels. La création, par exemple, figurée par la naissance de la lumière, la source du mal moral représentée par le fruit défendu, ainsi que l’origine de la diversité des langues par la tour de Babel, etc.
49. Le style, tantôt naturel et simple, tantôt poétique, nourri de tautologies, mais de tautologies propres à exercer la pénétration, en ce que tantôt elles semblent dire autre chose en ne faisant que répéter ce qui a été dit ; et tantôt elles semblent répéter ce qui a été dit, tout en signifiant ou en pouvant signifier par le fait autre chose.
50. Cela fait, vous avez réuni toutes les qualités d’un bon livre élémentaire, tant pour des enfants que pour un peuple enfant.
51. Mais un livre élémentaire n’est fait que pour un âge : y arrêter l’enfant qui a dépassé cet âge plus que le but du livre ne le comporte, c’est lui porter tort. En effet, pour atteindre de la sorte un résultat utile, et à quelques égards seulement, il faut mettre dans le livre plus qu’il n’y a, y faire entrer plus que le livre ne peut tenir ; il faut chercher et faire soi-même un excès d’allusions et d’indications, répandre à foison les allégories, donner des exemples très circonstanciés, presser trop les mots les uns des autres. Cela donne à l’enfant un esprit petit, raide, argutieux ; l’enfant devient mystérieux, superstitieux, dédaigneux enfin pour tout ce qui est facile et intelligible. »
Gotthold Ephraim Lessing, L'éducation du genre humain, 1780.