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Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« Parmi tout ce qui nous liait, Bernard de Fallois et moi, depuis nos premières rencontres chez Raymond Aron, présidant alors les débuts de la revue Commentaire dont Bernard s’était voulu l’éditeur, il y avait un émerveillement commun pour la paix dont jouissait depuis 1945 l’Europe occidentale, unie sous le bouclier vigilant de son alliée, l’Amérique du Nord. Cet attachement à la paix européenne était d’ailleurs caractéristique de ce petit groupe « Commentarien », dont le chef de file était en train de concevoir l’une de ses œuvres majeures : Penser la guerre : Clausewitz (1976). Nous avions traversé la « guerre froide », observé la crise cubaine, sympathisé avec les nations européennes de l’Est, impatientes du joug soviétique que leur avait imposé la conférence de Yalta, résisté aux dingueries soixante-huitardes qui associèrent à un nihilisme et anarchisme juvéniles, les vagues successives de léninisme, de trotskisme et de maoïsme littéraires, pour ne rien dire de Freud revu et corrigé par Lacan, ni de Heidegger, lequel, après avoir été exalté par Jean-Paul Sartre, Henri Birault et Jean Beaufret, se trouva renié par la « déconstruction » selon Jacques Derrida et le « post-modernisme » selon Jean-François Lyotard, autant de pédantesques exercices de la « pensée conceptuelle » parisienne. L’intelligence française que nous souhaitions aérer à droite a continué à s’étouffer par la gauche. Nous avons néanmoins accueilli avec enthousiasme la chute du mur et l’écroulement de l’U.R.S.S. Pendant toute cette période (Corée du Nord et Viêt-Nam à part), peu de coups de feu avaient été tirés par les « Occidentaux » qui auraient pu en avoir l’envie et qui en avaient les moyens pour accélérer la libération des nations sœurs, prisonnières : mais « l’équilibre de la terreur nucléaire » avait tenu lieu, dans les deux camps, de sagesse et de prudence. Comment se trouve-t-il, heureusement, que le lieu commun de la guerre et de la paix, dont a relevé et dont relève encore notre Europe de paix armée, aura été préparé au cours des millénaires par une suite de chefs-d’œuvre à sa représentation actuelle, depuis l’Iliade et l’Énéide jusqu’à Guerre et Paix de Tolstoï et Vie et Destin de Vassili Grossman, en passant par les « petites guerres » caractéristiques du trop court siècle de la diplomatie, le siècle de Louis XV, le règne de Louis XVI, avec lequel s’achèvent en France l’Ancien Régime, le gouvernement de la monarchie « absolue », l’autorité d’une aristocratie d’épée, de loisir, et de culture. Le nouveau régime français (qui tournait encore le dos à la révolution industrielle anglaise et à son apologie du travail et du profit) pourvut de l’épée et du canon un peuple entier et improvisa un nouveau genre de guerre, plus avide de conquête et de victoires que de négociations. » Marc Fumaroli, Dans ma bibliothèque, La guerre et la paix, 2021.