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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

Читаю вещи

4 года назад
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« À l’ami qui s’y était essayé en conscience et échoua et qui, depuis, s’efforça difficilement, l’aveu s’était arrêté, exténué, tant il avait craint de le voir expirer sur ses lèvres. Il ne consentait à le souffler qu’avec peine, douloureusement, car pour peu que l’impuissance à croire était l’objet du constat, comment s’y serait-il résigné ? Il espérait encore se frayer un chemin pour l’y conduire, puisqu’à tout le moins il aurait aimé avoir la force de trouver les mots justes. Une semblable confession, témoignant de sa propre impossibilité, l’eût obligé à remonter le fil de sa mémoire et à reprendre depuis le début, maladroitement. À lui, cet ami qui n’est plus, nous avons manqué de répondre; nous aurions voulu alors lui dire qu’à nous aussi une gaucherie avait toujours déjà empêché d’accompagner ce mouvement qu’un jour notre cœur avait commencé d’esquisser. À nous, aussi, il s’était déposé « comme un bœuf sur la langue » chaque fois qu’à table et en société nous nous mettions à parler « religion ». Au milieu des athées, nous ignorions par où commencer ; au milieu des croyants, c’est nous qui ne nous y retrouvions plus. La bouche s’entrouvrait, hésitait, balbutiait ; le dépit la refermait. Le plus simple était de repousser à un autre jour, d’attendre que l’urgence nous y accule. À présent qu’il faut s’y résoudre, nous ne sommes toujours pas prêts, encore démunis face aux contradictions qui nous habitent dans l’intime. Mais puisque nous en sommes là, acceptons notre propre maladresse et prions le lecteur d’aller outre également. Appuyons même le trait et proposons de l’écrire noir sur blanc plutôt que de le murmurer à voix basse et honteusement. Reconnaissons que nous ne savons plus croire. Non pas qu’auparavant les hommes croyaient mieux. Ne laissons pas se glisser dans nos propos un soupçon de nostalgie pour les anciens temps parce que la créance y aurait été plus assurée et parfois de bonne tenue. Il a toujours été difficile de croire ; c’était une épreuve de se tenir fermement dans la foi professée. Et l’histoire nous enseigne combien les hommes ont cru fort mal et en tous sens, avec une imagination qui passe la nôtre et surprend par ses caprices. Mais l’enfant que nous fûmes se souvient également que croire lui était spontané, simple et naturel comme la vie qui lui avait été donnée ; et il fallait plutôt refréner son élan, qui l’entraînait trop vite et trop loin, et lui interdisait de concevoir ce qu’il appréhendait avec la clarté requise. Ce n’est que plus tard, après quelques échecs, quand il se ravise, qu’il apprend à se défier des certitudes sur lesquelles il s’était appuyé pour se mettre debout. » Camille Riquier, Nous ne savons plus croire, 2020.