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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« Où l’auraient porté son intelligence ondoyante, sa sensibilité d’écorché vif, sa curiosité dévorante s’il n’avait opté pour l’irréparable, assumant le poids d’une défaite qui n’était ni entièrement ni exclusivement la sienne ? Est-ce en raison de ce choix que son œuvre littéraire la moins politisée et la plus réussie, du Feu follet à La Comédie de Charleroi, n’a toujours pas droit aux honneurs de la Pléiade alors qu’ils ont été accordés depuis longtemps aux romans de Céline et de Malraux, et plus récemment d’Aragon – y compris à ces Communistes, soigneusement retouchés par l’auteur pour les rendre présentables ? S’il s’était éteint d’une mort naturelle, en 1932 ou en 1933, avant le délire doriotiste, quel lecteur contemporain, découvrant Mesure de la France, Genève ou Moscou ou L’Europe contre les patries, ne lui accorderait une place de choix aux côtés d’Emmanuel Berl, Bertrand de Jouvenel ou du premier Raymond Aron, parmi les pourfendeurs des erreurs de Versailles et de la course aveugle du continent vers un nouveau désastre ? Hélas, aucun de ces essais n’est aujourd’hui disponible en édition courante et ils sont généralement ignorés même des lecteurs des œuvres romanesques de Drieu. La publication, il y a quelques années, du Journal complet des années quarante et de la correspondance avec sa première épouse semble avoir compliqué les choses, au lieu de contribuer à les éclaircir. Ces textes saisissants, édités avec un admirable souci scientifique, auraient pu aider à distinguer enfin entre phobie et réalité dans ses partis pris idéologiques, à comprendre la soif d’absolu que Drieu, proche en cela de Pavese et Pasolini, enrobait des apparences les plus funestes pour mieux se condamner au malheur et à l’opprobre. Du mauvais usage des livres... quand on veut susciter le scandale auprès d’un public nourri de morceaux soigneusement choisis. Les lignes que Philippe de Saint-Robert a consacrées au Montherlant du Solstice de juin publié en 1941 valent autant, sinon plus, pour le Drieu d’alors : « Simplement, il est apparu qu’il ne fallait pas [...] avoir dit cela dans le moment où ce fut dit. Ces conditions ne sont pas celles de l’écrivain et son rêve éveillé est toujours puni par un peuple qui, dans le même temps, rêvait endormi, et s’éveille après que ses ennemis lui ont passé sur le corps : terrible peuple à ce moment-là, faisant payer sa médiocrité aux témoins ! » Drieu s’est acharné, incontestablement, à incarner le plumitif dévoyé à vocation suicidaire, cet être « lâche, mou au crâne énorme et bosselé, cette valise vide... » que Sartre – modèle, il est vrai, de beauté physique et morale – dénonçait avec délices dans Les Lettres françaises clandestines en avril 1943. Mais qui donc a pris la peine de regarder sous le masque pour constater qu’en se défigurant par haine de soi, Drieu se confessait en enfant triste d’un siècle fou, refusant la grâce et le pardon, attendant jusqu’au bout des certitudes qu’aucun vainqueur, aucune foi, pas même le fascisme, ne pouvaient lui fournir ? Il est bien plus rassurant de retenir l’idée du dandy faiblard égaré dans la pègre de l’Occupation, familier des Standartenführer glaçants et femmes fatales, coupes de champagne et nerfs de bœuf, transactions au marché noir et délations de corbeaux ! » Maurizio Serra, Les frères séparés, Drieu la Rochelle, Aragon, Malraux face à l'Histoire, 2008. Traduit de l'italien par Carole Cavarella.