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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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4 года назад
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« En déposant le sac en plastique plein de DDI au pied de mon lit, et qui s'y trouvait encore quand je me suis éveillé, déniant la possibilité d'un rêve, Jules me chuchota hâtivement : « Tu me jures de ne jamais dire comment tu l'as obtenu, j'ai juré moi-même, ça vient d'un protocole à double aveugle sur les doses faibles ou fortes, il y en a pour trois semaines, les références sur les sachets ont été arrachées pour qu'on ne puisse pas faire de recoupements. » Nous avions dîné ensemble chez Anna, on l'avait appelé au téléphone, il avait longuement parlé, puis il m'avait dit en aparté : « Ça y est, je vais l'avoir, il faut que je passe le prendre au Scorpio, une boîte sur les grands boulevards. » Corinne nous avait raccompagnés en voiture, j'avais dit à Jules devant Corinne : « Si tu repasses, je ne fermerai pas le verrou. » Ensuite, dans la voiture, Corinne avait demandé à Jules si c'était de la drogue qu'il allait chercher au Scorpio, où elle l'avait accompagné. Mais Jules n'a pas fait l'aller-retour comme prévu, j'avais eu raison de ne pas laisser la lumière allumée et de m'endormir sans l'attendre. Il avait fait dans la boîte une rencontre, « avec une poule » me dit-il quelques jours plus tard en employant cette expression de nos grands-pères, c'est la raison pour laquelle il n'était repassé avec le sac qu'à quatre heures du matin. Le produit avait été mis pour dissimulation dans une boîte de vitamines en perfusion, dont le mode d'emploi très compliqué me laissa perplexe le lendemain matin au moment de prendre le premier sachet. Il y a quelque chose de bouleversant à prendre un nouveau médicament, après avoir arrêté de prendre l'ancien qui était censé surseoir à ma mort, et après en avoir entendu parler pendant un an, chaque fois de façon contradictoire, parfois comme une vraie manne parfois comme un fléau : d'abord que ça allait sauver les malades, puis qu'on s'apercevait que ça les tuait, puis qu'on ne connaissait pas les doses et que c'était la raison pour laquelle ça avait tué des malades, qu'ils étaient déjà trop abîmés lorsqu'ils avaient commencé à prendre le produit, et finalement qu'il représentait quand même un espoir. » Hervé Guibert, Le protocole compassionnel, 1991.