Romain Rolland à Hermann Hesse
(Agence des Prisonniers de Guerre) Genève, 26 février 1915.
Monsieur
On me communique votre article dans la Neue Zürcher Zeitung du 18 février. Je vous serre la main cordialement. Il y a déjà longtemps que je voulais le faire, – depuis que j’ai lu vos livres, et particulièrement, depuis que je vous ai entendu, au milieu de cette tourmente, redire les mots qui dissipent les nuées de la haine, les mots de Beethoven délivré. Nous ne pouvons arrêter les fureurs des États ; je crains même qu’elles ne deviennent encore plus atroces ; et les peuples ne peuvent parler ; à peine peuvent-ils penser (on ne leur en laisse ni le temps, ni la faculté). D’autant plus faut-il que nous resserrions nos liens, nous tous qui, dans tous les pays, nous refusons avec dégoût à cette bestiale folie et qui avons la charge de garder pour l’avenir l’union sacrée de l’esprit européen. Si la guerre se prolonge, j’estime qu’il faudrait que nous affirmions cette union purement spirituelle entre les penseurs libres de toutes les nations.
Veuillez croire, Monsieur, à ma dévouée sympathie
Romain Rolland
Hôtel Beauséjour-Champel, Genève.
Si vous êtes en relations avec les Weissen Blätter, voulez-vous leur dire que je serais heureux de lire le numéro dont vous parlez.