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Читаю вещи

Читаю литературу и поэзию на французском языке.

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5 лет назад
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« Mon enfance, voir mon enfance ? Plus de dix lustres me séparent d’elle et mes yeux presbytes pourraient peut-être y parvenir si la lumière qui en émane n’était interceptée par des obstacles de tous genres, hautes montagnes en vérité : toutes les années et certaines heures de ma vie. Le docteur m’a recommandé de ne pas m’obstiner à regarder si loin. Les événements récents sont également précieux pour ces messieurs et en particulier les imaginations et les rêves de la nuit précédente. Mais il faudrait un peu d’ordre en tout ceci. Pour pouvoir commencer ab ovo, dès que j’eus laissé le docteur qui va quitter Trieste pour longtemps, et uniquement en vue de faciliter sa tâche, j’achetai et lus un traité de psychanalyse. Il n’est pas difficile à comprendre, mais très ennuyeux. Après déjeuner, confortablement installé dans un fauteuil club, me voici un crayon et une feuille de papier à la main. Mon front n’a pas une ride, je viens d’éliminer tout effort de mon esprit. Ma pensée m’apparaît dissociée de moi-même. Je la vois. Elle monte, elle descend … mais c’est là sa seule activité. Pour lui rappeler qu’elle est la pensée et qu’elle a pour mission de se manifester, je saisis mon crayon. Et voici mon front qui se charge de rides parce que chaque mot se compose de lettres ; le présent impérieux renaît et me voile le passé. Hier, j’avais essayé d’un abandon total. L’expérience s’acheva dans le sommeil le plus profond, sans autre résultat qu’un bon repos et la curieuse sensation d’avoir vu en dormant quelque chose d’important. Mais cette chose était oubliée, à jamais perdue. Aujourd’hui, grâce à ce crayon que je garde à la main, je demeure éveillé. Je vois, j’entrevois des images bizarres qui ne peuvent avoir aucun rapport avec mon passé ; une locomotive qui halète dans une montée en tirant d’innombrables voitures ; qui sait d’où elle vient, où elle va, pourquoi elle se trouve là en ce moment ! » Italo Svevo, La conscience de Zeno, 1923. Traduit de l'italien par Paul-Henri Michel.